Nuit de Pâques (A) Mt 28, 1-10

L'ange descend du ciel, roule la pierre, et s'assoit dessus, nous dit l'Évangile. Pourquoi s'asseoir ? Peut-être que l'ange est un peu fatigué après avoir roulé la pierre. Mais il est plus probable que ce geste soit symbolique, qu'il veuille nous dire autre chose.

Car cette pierre, nous la connaissons tous. Elle a des visages différents selon les vies : une maladie qui s'installe, une relation brisée, une foi qui s'éteint, une faute qui colle à la peau, un deuil qui ne passe pas. Cette pierre, c'est tout ce que nous avons fini par déclarer définitif, une situation face à laquelle nous avons fini par baisser les bras, ce devant quoi, un jour, nous avons cessé de lutter en disant : « c'est comme ça ».

Les femmes, ce matin-là, la connaissaient bien, cette pierre. Elles s'en approchaient sans espoir de pouvoir la bouger. Elle pesait trop, elle s'imposait trop, elle fermait l'entrée et la sortie. Les femmes, ce matin-là, n'attendaient rien. Elles venaient avec leurs aromates (cf. Lc 24,1 ; Mc 16,1), avec leur fidélité, mais sans espérance de changement. La pierre est là, massive, évidente, incontestable.

Et voilà la surprise : la pierre est roulée par un ange qui s'assoit dessus. L'obstacle devient siège. Ce qui semblait fermer devient ce sur quoi Dieu se repose. La pierre n'est pas déplacée pour faire sortir Jésus — il est déjà ressuscité — mais pour que les femmes puissent voir que le tombeau est vide.

Dieu aurait pu faire disparaître la pierre, l'effacer, la briser, la réduire en poussière. Nous aimerions souvent cela : un Dieu qui supprime les obstacles, qui efface les épreuves, qui réécrit l'histoire sans cicatrice. Mais ce n'est pas ainsi qu'il agit. Il ne nie pas la pierre. Il ne fait pas comme si elle n'avait jamais existé. Il la prend, il la déplace, et il s'y assoit. Ce qui fermait devient support. Ce qui pesait devient lieu de présence. C'est la logique de Pâques : Dieu ne supprime pas l'épreuve de l'histoire, il la retourne. Ainsi, la croix n'est pas effacée, elle devient gloire. La mort et le tombeau ne sont pas évités, ils deviennent passage. La pierre n'est pas détruite, elle devient trône.

Et pour nous, qu'est-ce que cela nous change ? Il y a des pierres dans nos vies, ou dans la vie de ceux que nous aimons, que nous ne sommes pas capables d'enlever. Mais ce n'est pas une fatalité. L'Évangile de la résurrection nous montre que Dieu peut faire de ces pierres son point d'appui. Il peut s'asseoir sur ce qui nous écrase. Non pour nier votre douleur, mais pour en briser le caractère définitif.

La Résurrection du Christ ne promet pas un monde sans pierres. Elle annonce un monde où plus aucune pierre ne peut enfermer la vie. La mort a cru avoir le dernier mot. Elle s'est trompée. Le Christ est ressuscité. Alléluia !

fr. Maximilien