Jour de Pâques (A) Jn 20, 1-9

Frères et sœurs, Imaginez que vous recevez une lettre importante. Une vraie, pas une facture, pas une pub pour une cuisine équipée, une lettre qui compte. Elle arrive un matin, mais vous êtes pressé, un peu fatigué, déjà en retard. Vous la posez sur le coin de la table, en vous disant : « Je verrai ça plus tard. » Elle reste là. Un jour, deux jours… une semaine. Vous la voyez, vous l'évitez presque. Et puis un soir, vous l'ouvrez. Et là, tout change. La nouvelle était là depuis le début. Elle attendait. Simplement, vous n'étiez pas encore prêt et conscients.

Ce matin de Pâques, c'est exactement cela. La bonne nouvelle est là. Mais personne, au départ, ne la comprend. On cherche, mais pas au bon endroit. Marie-Madeleine arrive au tombeau avant l'aube. Pierre et le disciple bien-aimé accourent. On court, on s'agite, avec un objectif très clair : retrouver un corps, un cadavre. Personne ne cherche quelqu'un de vivant. La résurrection n'est envisagée par personne ce matin-là.

Et nous, nous faisons parfois pareil. Nous cherchons Dieu là où nous avons décidé qu'il devrait être : dans une foi d'enfance, version catéchisme avec réponses toutes faites, dans une manière de prier qui « marchait très bien avant », ou dans une émotion forte. Et quand cela ne marche pas, nous concluons : « Dieu n'est pas là. » Comme Marie-Madeleine : « On a enlevé le Seigneur… et nous ne savons pas où on l'a déposé. » Mais la Résurrection du Christ nous dit que Dieu est bien là, simplement pas là où on l'attendait.

Pierre et le disciple bien-aimé se mettent à courir. Jean précise, avec une pointe de satisfaction qu'on imagine mal dissimuler, que le disciple bien-aimé court plus vite que Pierre et arrive le premier. Il se penche, il regarde les linges. Et il n'entre pas. Pierre arrive après et entre dans le tombeau. Il voit les linges, le suaire roulé à part. Il repart sans conclusion, sans commentaire. Puis l'autre disciple entre à son tour. Et là, une petite phrase, et pourtant immense : « Il vit, et il crut. » Il a vu la même chose que Pierre - des traces de la présence de Jésus, mais pas Jésus lui-même. Il croit à partir de ces traces : un tombeau vide, des linges ordonnés, un suaire roulé à part. C'est peu. C'est même très peu. Et c'est pourtant suffisant pour lui. On peut dire même que sa foi naît d'un vide, d'une absence qu'il sait lire.

Notre foi est très proche de celle du disciple que Jésus aimait. Nous n'avons pas vu le Christ ressuscité de nos yeux, ni même le tombeau vide. Nous sommes, nous aussi, des croyants « sur traces ». Nous trouvons ces traces dans les Évangiles, dans la liturgie et dans nos vies - des signes discrets, comme les linges et le suaire du Ressuscité, que nous sommes appelés à reconnaître et à lire.

Ce qui est étonnant dans ce récit, c'est le silence, y compris celui de Dieu. Le calme. Pas d'anges qui chantent comme à la naissance de Jésus. Pas de manifestation resplendissante de Jésus. Pas de cri de joie. Juste l'aube d'un matin ordinaire.

Dans nos vies, c'est souvent pareil. Dieu n'y fait pas de bruit. Il ne passe pas par des effets spéciaux. Il passe par une paix inattendue, par une parole qui tombe juste, par une rencontre qui arrive « par hasard » (ce fameux hasard qui travaille souvent pour Dieu). Dieu agit discrètement, sans bruit, dans l'ordinaire.

Alors, frères et sœurs, revenons à cette lettre posée sur le coin de la table. Elle attendait d'être ouverte. Peut-être que certains d'entre nous portent depuis longtemps quelque chose qui ressemble à une foi en attente — une foi que nous n'avons pas encore tout à fait ouverte, parce que le moment n'était pas venu, parce que la vie allait trop vite, parce que nous avions peur de ce que nous y trouverions.

Et si ce matin était ce moment-là ? Pas besoin de trompettes ni de tout comprendre. Juste entrer en prière, regarder, et laisser quelque chose se lever en vous, doucement, sans bruit, comme une évidence que personne n'avait prévue, que personne n'attendait.

Ce matin-là, personne n'avait prévu la résurrection, personne ne l'attendait vraiment. Et pourtant, elle est arrivée. Et la bonne nouvelle de Pâques, c'est qu'aujourd'hui encore, elle arrive. Elle arrive dans nos vies. À nous de lire ses traces.

fr. Maximilien