À méditer, à télécharger…
Lettre aux oblats N° 16 – 8 décembre 2025, en la solennité de l'Immaculée Conception
Pour une fois, quittons le commentaire de la règle de saint Benoît pour aborder une question importante pour nous :
Pourquoi être oblat ?
Voilà bientôt quatre ans que l'accompagnement des oblats d'En Calcat m'a été confié avec frère Daniel. Dans les entretiens avec les uns et les autres, une question revient souvent :
« Pourquoi être oblat ? »
Je me suis donc posé la question et je vais essayer de vous dire mon sentiment.
- Premier motif classique : approfondissement de la vie spirituelle personnelle en vivant des valeurs de la règle bénédictine
- Deuxième motif classique : être rattaché à une communauté religieuse vivante et être ainsi soutenu dans la vie familiale, professionnelle, paroissiale, etc.
- Troisième motif classique : désir de conversion, de changement de vie, de meilleur discernement dans les engagements à prendre ou les renoncements à effectuer.
Il y a sans doute bien d'autres motifs encore, tant est grande la diversité des personnes et des situations. En tous les cas, c'est une aide pour mieux vivre sa foi chrétienne qui est recherchée.
Mais en réfléchissant, je me suis demandé si le plus important n'était pas ailleurs…
C'est notre dernier WE autour de 'Laudato si' qui a provoqué cette réflexion.
En relisant la lettre de François, je m'aperçois que l'essentiel est moins de faire ceci ou cela que de CREER (ou recréer) DU LIEN. Lien avec la nature, lien entre pays, races, civilisations dans le réciproque accueil des différences. Comme aimait dire et redire le pape François : abattre les murs et construire des ponts !
Devenir oblat, ne serait-ce pas chercher à créer du lien ? (religio) avec Dieu, bien sûr, mais avec la communauté ecclésiale à travers la communauté des oblats ainsi qu'avec nos communautés humaines afin qu'elles soient encore plus irriguées de l'Esprit de Jésus, de l'amour évangélique des Béatitudes ?
Je suis très heureux et touché de voir que notre oblature se fait à chaque fois un peu plus simplement fraternelle et que la communion avec nos deux communautés monastiques est de plus en plus naturelle, ce qui, logiquement, devrait finir par rejaillir sur tout le reste de nos vies.
Quoi qu'il en soit, rendons grâces à Dieu pour tous les dons qu'il nous fait à travers nos chemins d'oblation, pour le soutien mutuel qui nous est offert, et rendons grâce à Dieu pour la Règle qui nous balise un beau chemin de vie communautaire, de vivre ensemble.
Aimer, est-ce autre chose que créer du lien, un lien qui demeure ?
Frère Pierre
Mario CULOTTI, oblat de notre monastère, a mis en ligne les 7 volumes de
« Jésus disait » du Père Dominique Hermant.
Beaucoup connaissent cette œuvre de notre ancien abbé et aimeraient sans doute pouvoir la consulter aisément. Voici l'adresse qui vous permettra de consulter cette documentation et de la télécharger, au besoin.
Ou encore : http://jesusdisait.free.fr/
Merci à Mario pour ce gros travail
Aujourd'hui, 15 janvier, fête des saints Maur et Placide
Samedi 17, fête de St Antoine le Grand
Sous leur patronage, nous poursuivons la lecture de la Règle
De l'humilité - 3 (RB 7) Un texte de Maurice Zundel (Ta parole comme une source, p. 47)
« Ce n'est pas du tout la même chose d'être humble et de s'humilier. Et comme il y a un crime à humilier quelqu'un, un crime contre la dignité humaine, un crime contre la dignité divine de toute âme à la mesure de sa fragilité, il ne pourrait être question de nous humilier, mais de nous donner.
L'humilité dans le Christ, ce n'est pas autre chose que l'offrande de tout l'être à cette Présence Bien-aimée de Dieu qui est au plus intime de nous-mêmes, la Vie de notre vie ; et c'est pourquoi justement cette humilité, parce qu'elle est une offrande, parce qu'elle est tout regard vers un Autre, parce qu'elle est pure oblation, parce qu'elle est pure générosité, cette humilité n'est jamais une humiliation. C'est au contraire l'honneur même et de l'homme et de Dieu »
Un petit rien du tout – Variations sur un petit à-côté de l'humilité
Nous vivons souvent dans une logique du « tout ou rien » dans une exigence de rationalité. Nous avons du mal avec les nuances et l'à-peu-près. Le vrai doit être clair et net ! A cela s'ajoute le désir du « toujours plus ». Citius, altius, fortius, plus vite, plus haut, plus fort, telle est la devise des JO dont nous sommes si friands devant l'écran TV. Les Pères de l'Eglise avaient déjà souligné cet appétit du spectaculaire et du délire s'emparant des spectateurs des courses de chevaux ou des jeux du cirque, délire allant même jusqu'à troubler le sommeil, souligne saint Basile. Si les exploits sportifs déchaînent les passions aujourd'hui encore, que dirons-nous des accros au CAC 40, des luttes de pouvoir entre partis, entre nations, et tous ceux qui affichent insolemment leur soif d'argent ? Pour finir désabusés avec Qohéleth devant nos baudruches dégonflées.
« Vouloir tout » est le désir irrépressible de tout être humain. Les saints sont mus par ce désir et l'expriment. Pensons aux plus connus : Thérèse de l'Enfant Jésus, Jean de la Croix, Charles de Foucauld. Mais, paradoxalement, ils trouvent et reçoivent ce tout dans le rien du tout ! Essayons de le comprendre à notre mesure.
Ne suffit-il pas d'un petit geste, d'un petit mot, d'un bref regard, pour combler d'amour ? Dieu n'a-t-il pas l'art de nous combler avec des riens ? Une fleur, un sourire, une pensée lumineuse… ? Je crois qu'il nous visite bien plus souvent que nous nous en apercevons parce qu'il aime donner en restant caché. Dieu, dans sa toute-puissance est l'infiniment humble, il n'écrase pas le roseau froissé, il n'éteint pas la mèche qui fume. Il est à l'opposé de nos fantasmes de puissance, de force et d'efficacité. Bienheureux sommes-nous quand nous n'avons plus rien à donner qu'un sourire, une étoile dans le ciel. Heureux sommes-nous quand nous sommes enfin débarrassés du besoin de convaincre, de dominer, d'avoir raison, de séduire, qui ne sont à vrai-dire que reliquats d'enfant gâté et mal éduqué qui se croit toujours le nombril du monde ! Oh, si nous savions voir la multitude de petits cadeaux dont Dieu et nos frères nous comblent à chaque instant ! Saint Benoît dit dans la Règle : une parole bonne vaut mieux que tous les dons ! Dieu est à l'opposé de nos désirs d'en mettre plein la vue, de notre désir du sensationnel, du spectaculaire, du miraculeux. Dieu ne veut pas en mettre plein la vue mais plein le cœur avec la douce espérance. Il vient à nous avec des petits riens qui apportent une joie pure et simple, une paix profonde et le sens du vrai, des riens qui ouvrent le cœur et le regard sur la beauté du monde et nous invitent à la bonté.
Oui, que Dieu, par la grâce de Jésus qui s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté, nous enseigne et nous inspire « ces petits riens qui sont tout » et nos yeux s'ouvriront sur ce à quoi nous étions insensibles, et nos cœurs seront débordants d'action de grâce. Et nous serons surpris de nous découvrir en harmonie avec la création et sa profusion de beautés offertes.
Frère Pierre