La Sainte Trinité (A) Jn 3, 16-18

Frères et sœurs, permettez-moi un petit détour dans l'histoire de la liturgie. L'Église d'Orient, le dimanche de la Pentecôte, célèbre la révélation du Mystère de la Sainte Trinité fidèle en cela à la plus ancienne tradition de l'Église, ; la commémoration du don de l'Esprit est célébrée en Orient, le lendemain, le lundi de Pentecôte, communément désigné par l'expression : "Lundi de l'Esprit-saint". Pourquoi ? Parce que l'effusion de l'Esprit, seule, permet la révélation du mystère trinitaire : « Depuis la Pentecôte - dit Origène - l'Église est pleine de la Trinité ».

En revanche, la longue tradition de l'Église latine a enraciné le lien de la fête de la Pentecôte au don de l'Esprit. Au XIVe siècle, l'Occident rajoute une Octave à la solennité de la Pentecôte et instaure la fête de la Trinité comme couronnement de cette Octave. A Vatican II, pour retrouver le sens profond de la Cinquantaine pascale supprime cette Octave, tout en maintenant la solennité de la Trinité.
Cependant, depuis le 14ème siècle, Les liturgistes latins ont toujours justifié cette fête de la Trinité en la rattachant à la Pentecôte. Ainsi, Rupert de Deutz, posant la question : "Pourquoi l'Office de la sainte Trinité est-il placé après la solennité du Saint-Esprit ?", répond : "Après avoir célébré l'avènement du Saint-Esprit, nous chantons le dimanche suivant la gloire de la sainte Trinité, car aussitôt après la descente de ce divin Esprit commencèrent la foi et la confession au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit".
Au XIXe siècle, Dom Guéranger, parle de la fête de la Trinité dans le même sens : "C'est l'arrivée de l'Esprit-saint qui fait de nous les sanctuaires de la divinité ; c'est le règne du Paraclet qui nous impose l'obligation sublime de glorifier et de porter Dieu dans nos corps (…) Il était donc bien juste que la fête de la Trinité suivit d'aussi près la glorieuse Pentecôte : ne convenait-il pas que l'Église, s'éveillant à la vie dans la pleine conscience de cette habitation merveilleuse, se prosterna tout d'abord pour reconnaître et adorer le Dieu trois fois saint qui la remplissait de sa Majesté ?".

Revenons à présent, à l'Évangile de ce jour, le Christ nous dit en Jn 3, 16 : « Le Père a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique… non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ».

Pour comprendre la profondeur de cette Parole de Jésus, relisons les versets qui précèdent l'Évangile de ce jour en Jn 3, 12-15 car ils sont la clef de l'Évangile de ce Jour et de la fête que nous célébrons : « Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin qu'en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. »
Oui, le Mystère de la Trinité que nous célébrons aujourd'hui ne peux pas être compris à partir d'une réflexion purement intellectuelle ou encore d'une logique purement formelle… Il nous échappe totalement, refuser cette évidence, ce serait répéter à l'envie un dogme qui demeurerait extérieur à nous !
Pour nous dire ce qu'il est, Dieu a emprunté le langage du Cœur, celui de son amour pour nous : le Fils a été élevé sur la croix, crucifié ; il est mort sur une croix pour que l'homme se sache aimé du Père ! Voilà le point de départ de la révélation du Mystère de la Trinité ! Chez saint Jean, le Fils de Dieu meurt sur la Croix disant au Père : « Tout est accompli » puis, inclinant la tête, il donna l'Esprit ; il nous donne alors son Esprit en partage, l'Esprit du Père et du Fils pour que cet amour nous pénètre au plus profond de nous-mêmes et fasse de nos cœurs de pierre, des cœurs de chair.
Le Visage d'un Dieu qui juge et qui condamne et qui nous colle à la peau disparait alors pour faire place à un Dieu qui aime car il n'est qu'amour et communion… Celui qui refuse de croire en cet amour personnel est incapable d'accueillir la miséricorde du Père, incapable aussi de pardonner et de vivre avec ses frères.

Frères et sœurs, l'Église, depuis le 28 février, pendant le Carême, nous a préparé à vivre cette révélation pour ensuite la célébrer pendant le Temps Pascal : aujourd'hui, en cette fête de la Trinité, si nous avons cru en cet amour, il nous appartient seulement de rendre grâce avec le Christ et de dire avec Lui : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux savants, et de l'avoir révélé aux tout petits », au tout-petit que je suis ! et d'ajouter dans l'émerveillement et la louange : « Gloire au Père, Gloire au Fils, Gloire au Saint-Esprit ! » et de le répéter des dizaines, des centaines, des milliers de fois tout simplement en essayant de nous rendre présent à cet amour du Père, du Fils et de l'Esprit Saint !

F. Jean-Luc