6° Dimanche du TO*A Mt 5, 17-37

Dimanche dernier P. André-Jean nous a rappelé que nous sommes le sel de la terre - Benoît XVI précisait que nous sommes le sel et pas le sucre ! Et qu'il n'est pas nécessaire non plus de renverser la salière !
Aujourd'hui, nous avons entendu trois textes bibliques qui nous parlent de sagesse (il faut noter que la sagesse, en latin, a rapport à la fois à la saveur et au savoir). Les textes nous parlent donc de sagesse et de loi et Jésus a l'air d'en rajouter une couche : « je ne suis pas venu abolir la loi mais l'accomplir ! »

Certains moralistes se sont appuyés sur ces paroles de Jésus pour durcir les exigences morales et lier sur nos épaules des fardeaux insupportables. Or, la loi de Jésus, la loi de l'Evangile, est une loi de liberté comme le dit saint Jacques qui ne passe pas pour un laxiste !

Que veut donc dire Jésus quand il dit qu'il vient accomplir la loi ? Il faut nous rappeler ce qu'est la « Loi », la Torah pour le peuple de Dieu. Pour le peuple de l'Alliance, le peuple des promesses, la Loi, la Torah, ce sont les cinq premiers livres de la Bible : de la Genèse au Deutéronome, ces livres qui racontent l'œuvre de Dieu qui libère son peuple de la servitude, de l'esclavage, Dieu qui donne à son peuple les dix paroles de liberté au Sinaï. Pour Israël, la Torah, c'est l'histoire d'un Dieu qui fait alliance et qui offre la liberté.
Quand Jésus parle d'accomplir la Loi, il signifie qu'il va porter à sa perfection l'œuvre de libération initiée par son Père à travers la succession de toutes les alliances depuis l'arc en ciel jusqu'au retour de l'exil à Babylone. Accomplir la Loi, c'est porter la liberté jusqu'à l'extrême et donc ouvrir toutes grandes les écluses du Ciel, les écluses de l'Amour de Dieu, dans ce Cœur de Dieu grand ouvert sur la Croix. En ouvrant son cœur, Jésus nous ouvre la porte de la liberté que rien ni personne ne pourra jamais refermer.

Mais cette liberté extrême qui nous est donnée gratuitement est aussi une exigence, une exigence d'amour. Il s'agit pour nous de rendre amour pour amour. Notre péché, nos péchés, ce ne sont pas d'abord nos manquements à la Loi. Notre péché c'est de mégoter notre amour en réponse à l'amour sans limite de Dieu. La loi se résume à un seul commandement nous dit saint Paul : « tu aimeras ».
Et saint Paul se met en colère contre les Galates qui sont tentés par le légalisme et le ritualisme : « si le Christ vous a libérés, s'écrie-t-il, c'est pour que vous soyez vraiment libres ! Alors, pourquoi vouloir retourner à votre ancien esclavage ? » faisant allusion à la double captivité d'Egypte et de Babylone. Jésus nous explique longuement que ce sont nos péchés qui nous aveuglent et nous rendent esclaves, et le désir de Dieu, son Père et notre Père, c'est que nous en soyons définitivement libérés. Et, nous dit encore St Paul, le dernier ennemi vaincu, c'est la mort par la Résurrection de Jésus dont la mort sur la Croix est la victoire définitive sur le péché.

Alors, devant cet amour fou de Dieu, nous pouvons comprendre l'exigence de Jésus et son insistance à observer le plus petit commandement d'amour. En amour, rien n'est petit, rien n'est insignifiant. L'attention aux petits détails est naturelle à celui qui aime, bien plus qu'à celui qui est jaloux ! Pour Jésus, tout est sujet d'amour et d'action de grâce : « Je te bénis, Père, d'avoir caché cela aux sages et aux savants et de l'avoir révélé aux tout-petits. »
Mais vous allez dire : « tout cela est bel et bon, mais comment y parvenir ? » Thérèse de l'Enfant Jésus nous en donne la clé, celle que St Paul propose dans l'hymne à l'Amour dans sa lettre aux Corinthiens.
Enfin, il y a un autre secret : le temps, ce magnifique cadeau de Dieu. Le temps est l'espace de l'amour, parce que l'amour espère tout. La longue patience de Dieu est peut-être la manifestation la plus éclatante et la plus humble de son amour et il se donne à nous pour que nous puissions lui ressembler. Alors, un petit peu de fignolage dans nos vies pour que resplendisse en nous la gloire de l'amour de Dieu !

F. Pierre