19° Dimanche du TO*A Mt 14, 22-33

Frères et sœurs, même si nous sommes éloignés du littoral marin, lorsque nous évoquons la mer, nous ne pensons pas seulement à une brise légère qui joue avec les vagues pour notre bon plaisir. Parfois ce vent souffle en tempête, la mer tout entière se soulève, avec une force capable de détruire.
Ainsi dans nos existences nous connaissons également ces grands moments de tempête où notre vie est menacée : maladie, perte d'un emploi, évènement familial traumatisant et ces pays où règnent violence et guerre. Il y a aussi ces bourrasques soudaines qui nous secouent et nous ébranlent, ces difficultés à surmonter jour après jour.

Comment faire face ? Comment garder courage ? La Parole de Dieu de ce dimanche nous indique deux chemins, deux types d'expérience.
Nous l'avons peut-être remarqué : pendant que les disciples, dans la barque, affrontent la mer, Jésus, lui, est à la montagne, seul, à prier. Les a-t-il abandonnés ? Nous abandonne-il ainsi aux vents contraires ?
Bien plutôt, c'est ainsi qu'il se prépare lui-même à affronter la tempête et à la dominer pour nous.

Jésus, comme le prophète Élie ou Moïse, ces hommes de Dieu, quand ils montent ainsi sur la montagne, n'ont pas l'intention d'y rester mais ils ont le désir de revenir à la source d'eux-mêmes. Un peu comme lorsque nous recherchons un endroit isolé, une île au milieu de la mer : un havre de paix, un lieu de silence, avant de repartir. A nous aussi cette expérience est nécessaire.

Frères et sœurs, nous avons besoin de ces îlots de calme et de silence, besoin de retrouver, en quelque sorte, une île intérieure. Plus notre vie est affrontée aux difficultés, plus il nous est nécessaire de revenir à la source. Non pas pour ruminer nos difficultés, mais plutôt pour retrouver notre façon personnelle d'être avec les autres.

Ici, me revient en mémoire, en particulier, la situation d'une maman dans la force de l'âge, rencontrée il y a quelques mois. Son mari est malade, ils ont plusieurs enfants et elle travaille à plein temps. Précisément, son époux et ses enfants ont eu l'idée de lui offrir en cadeau d'anniversaire un bref séjour au monastère.
Elle était toute pleine de la présence des siens et, en même temps, elle éprouvait un bien fou à pouvoir ainsi se retrouver elle-même dans le calme. Quand elle est repartie, elle était comme rajeunie par ce silence qui l'avait orientée à la fois vers elle-même et vers les autres.

Pour nous, frères et sœurs, ce silence nous permet aussi de retrouver le goût de Dieu, l'envie du contact avec le Seigneur. Un contact, non avec des concepts, des mots, des images, mais en laissant le Seigneur se dire à nous avec des paroles que nous ne pouvons formuler, indicible, dans le murmure d'un silence impalpable.
Or, n'est-ce pas ce qui se passe pour chacun de nous quand nous communions au Corps du Christ au cours de la célébration de la messe ? Le Seigneur Dieu se donne à nous comme une brise légère qui rafraîchit notre visage et notre cœur, comme une eau vive qui désaltère notre soif de connaître et d'aimer, comme une vibration qui éveille en nous une vibration accordée à la sienne.
Mais cette expérience de présence intime du Christ doit nous conduire à une seconde expérience, au sein même des tempêtes et des bourrasques de l'existence. Ce n'est pas un hasard si ce récit de la tempête apaisée suit immédiatement celui de la multiplication des pains, que nous entendions dimanche dernier.

Autrement dit, frères et sœurs, la présence du Christ ne nous est pas donnée seulement dans la réception, dans l'accueil de la communion eucharistique à la messe, évoquée par la multiplication des pains. Elle est aussi à emporter avec nous et à reconnaître au sein des difficultés de la vie quotidienne : chaque jour le Christ est présent avec nous dans notre barque pour apaiser le vent et les vagues qui nous secouent.
Rappelons-nous : à la création du monde, la Parole de Dieu dominait le chaos originel, séparant la mer et la terre, séparant la lumière et les ténèbres. Ainsi aujourd'hui encore, la Parole de Dieu éclaire-t-elle notre vie, notre monde : elle sépare, dans nos existences la terre ferme de la mer, la lumière des ténèbres. Elle apaise et domine le chaos. Car elle donne à notre vie une direction, un but et un sens. Surtout, c'est une parole d'espérance : elle nous fait voir le port à l'horizon. Elle nous fait voir l'autre rive.

Frères et sœurs, cela ne change-t-il pas tout ? Nous n'allons plus à l'aventure, ballottés par le vent et les vagues. Il y a un but, un port à atteindre. Nous allons vers une autre rive. Car nous le savons bien, au bout de la mer, il y a une autre rive !

Amen.

F. Benoît-Marie