18° Dimanche du TO*A Mt 14, 13-21
Dans cet Évangile, devant la foule, Jésus « est saisi de pitié » (littéralement « saisi aux entrailles » par ces gens), nous dit Matthieu, c'est-à-dire qu'il les aime vraiment. Il commence par agir pour eux, à faire des choses pour eux, en particulier à guérir les infirmes… mais « faire », « agir » ne suffit pas pour aimer. L'amour de Jésus sur la croix qui nous sauve est beaucoup plus qu'un faire, il manifeste qu'entre Dieu et l'homme existe un état d'amour.
Il veut que ses disciples soient pareils à lui et qu'ils posent des actes d'amour qui vont manifester l'état d'amour de Dieu pour l'homme. Alors il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Les disciples, réalistes, font remarquer à Jésus que ce qu'ils ont ne peut pas satisfaire une telle foule, c'est trop peu, mais Jésus qui compte aussi bien qu'eux, dit imperturbablement « donnez-leur vous-mêmes à manger ». Ce n'est certainement pas pour les mettre dans l'embarras mais parce qu'il croit qu'ils en sont capables, même s'ils ne le savent pas... ou s'ils ne le croient pas.
Nous sommes réunis ce matin pour recevoir le Pain de la vie, c'est à cette même imprudence et à cette même folie que nous sommes invités : il nous suffit d'avoir assez de foi pour nous souvenir que le partage fait des miracles. Et aussi de nous réjouir de notre indigence ; elle est le lieu privilégié de l'action de Dieu. Pourquoi ? Parce que quand nous reconnaissons notre impuissance, nous appelons Dieu à notre secours, et c'est bien là, toujours, la première chose à faire !
Permettez-moi de vous parler d'un homme que j'ai bien connu il y a plus de quarante ans lorsque j'étais au Séminaire et que j'avais 18 ans et que lui en avait. Le 8 décembre 2018, il a été béatifié par le pape François avec 19 martyrs algériens, le Bx Christian Chessel. En 1983, Christian et moi avons été désignés par le Supérieur du séminaire pour monter une aumônerie des étudiants sur Avignon. Il n'y avait alors aucun étudiant inscrit et nous n'avions même pas de local. L'idée de Christian a été qu'à la fin de la messe, 4 fois par semaine, nous irions faire une permanence à l'entrée de l'université de 11h30 à 14h et que nous rentrerions pour les cours. 4 fois par semaine, nous partions donc avec une table sur laquelle nous attachions 2 chaines et nous traversions la moitié de la ville d'Avignon ; Christian préparait 4 fois par semaine un sandwich et une pomme, toujours le même sandwich, du pain, un peu de pâté, un cornichon et une feuille de salade.
A l'université, personne ne nous regardait et personne ne venait. Au bout de trois mois, un jour, sur le chemin, je me suis mis en colère en lui disant : « Christian, j'en ai assez, c'est insupportable. Il s'arrêta alors sur la route posa la table et me dit calmement avec son beau sourire, « nous sommes dans l'obéissance : on nous a demandé de monter une aumônerie, or il n'y a personne. La seule chose à faire c'est de les aimer en nous donnant totalement, il n'y a pas d'autre possibilité, nous donner totalement et il m'a alors cité les 5 pains et les 2 poissons de l'Évangile d'aujourd'hui. Au bout de 5 mois, des jeunes ont commencé à venir parler avec nous et, à la fin de l'année l'aumônerie était lancée.
J'ai gardé de cette expérience que la puissance de l'amour de Dieu a besoin de nos impuissances. Bienheureux Christian, prie pour nous pour que nous répondions à l'appel du Seigneur en nous donnant totalement et en nous appuyant sur lui seul !
Amen.
F. Jean-Luc