14° Dimanche du TO*A Mt 11, 25-30

Il brisera l'arc de guerre, il proclamera la paix aux nations nous dit aujourd'hui le prophète Zacharie et Jésus de nous dire : Je vous procurerai le repos… Prenez sur vous mon joug facile, léger car Je suis doux et humble de cœur.

Voilà des lectures un peu paradoxales alors que l'actualité résonne toujours de bruits de guerre et que l'été caniculaire est accablant. Et peut-être plus troublant encore, au chapitre 10 de l'évangile de Matthieu lu dimanche dernier et précédent notre évangile du jour, Jésus dit bien que celui qui ne prend pas sa croix et ne Le suit pas n'est pas digne de Lui. Ce serait donc cela le joug léger et facile dont il est question aujourd'hui ? Et là, à nous de saisir qu'il faut savoir dépasser cette apparente contradiction qui relèverait bien de cette singulière sagesse que les tout-petits pourraient mieux comprendre que les sages et les savants, dit Jésus dans son style toujours percutant mais qui ne tombe évidemment pas dans un manichéisme douteux voulant inverser les valeurs. Un docteur de la Loi comme Nicodème, par exemple, a su comprendre Jésus et être ainsi sage par son humilité, la justesse de sa vie et de son jugement en ne se prenant visiblement pas pour ce qu'il n'était pas.

Et c'est là qu'il faut alors mieux comprendre encore en vérité cette vraie petitesse dont parle Jésus, cet esprit d'enfance qu'a si bien vécu la petite Thérèse de Lisieux, petitesse des véritables enfants et non de gamins suffisants et irresponsables ; cette petitesse en vérité, qui n'a rien de commun avec bêtise, ignorance et mièvrerie. Petitesse en vérité qui n'est pas autre chose qu'une véritable sagesse et intelligence s'enracinant dans la folie de Dieu aux yeux du monde, folie d'un amour allant jusque sur une croix. Sagesse et intelligence selon les critères de Dieu que nous pourrions aller chercher par exemple dans les Béatitudes avec lesquelles l'on constate la situation paradoxale de bonheur de ceux qui pleurent, qui sont assoiffés de justice, etc., parce qu'ils sont en une situation de manque qu'ils ne peuvent pas combler par eux-mêmes, sinon grâce à Dieu, parce que leur pauvreté, leur petitesse ou leur humilité face aux dons reçus leur permet justement de faire place à autre chose qu'eux, à l'autre, au Tout Autre.

Voilà en quelque sorte un chemin de vraie sagesse et d'intelligence de la petitesse en vérité qui fait que l'on manquera toujours de quelque chose et qu'il pourra y avoir alors en nous cette heureuse part de vide, de nada comme le dirait saint Jean de la Croix, bref, cet espace laissant une place pour l'autre, pour Dieu, mais espace sans cesse à dilater, à recréer contre les forces d'ensablement, d'encombrement, de chaos, de mort.

Et c'est bien ainsi qu'il vaudrait donc mieux comprendre la sagesse du joug léger de Jésus, car joug libérateur de ce qui ne peut que nous encombrer, nous asservir, ralentissant la marche voire l'arrêtant sans nous en apercevoir, empêtrés que nous serions peut-être dans le plus profond désespoir qui paralyse ou bien dans la suffisance caricaturale d'un prétendu bonheur facile. 

Et ce repos promis par Jésus ne serait certainement pas non plus un simple répit dans les adversités de l'existence ni la négation de celles-ci. Il s'agirait plutôt d'un repos dynamique, comme une sorte de paix discrète mais confiante, joyeuse et active permettant d'affronter les eaux profondes de son existence, en vérité, permettant peut-être de considérer avec paix les événements, peut-être comme le surfeur jouant non pas contre mais avec la vague. Une paix, une joie venue d'au-delà de soi et permettant d'accepter tout simplement sa vie comme un don reçu et non comme une possession égoïste, et cela, comme le suggère aujourd'hui saint Paul, grâce à l'Esprit qui habite en nos cœurs.

Alors oui, laissant ainsi toujours plus de place à cet hôte intérieur bienveillant, nous pourrons mieux comprendre que son joug est un dynamisme qui permet sans cesse de choisir la vie, de rechercher la paix, une paix qui pourra être désarmante comme le rappelle notre pape Léon.

F. Philippe-Joseph