14° Dimanche du TO*A Mt 9, 36 – 10, 8

Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement !.. C'est si simple et si vrai ! Et pourquoi est-ce si difficile ? Pourquoi voulons-nous si souvent « faire du bénef ? » Et nous allons parfois jusqu'à marchander avec Dieu ! Nous faisons des efforts, des prières, des sacrifices, des offrandes et nous nous plaignons de ne rien recevoir en retour, en grâces sonnantes et trébuchantes ! Nous nous comparons au pauvre Job sans en avoir l'humilité ! Job à qui Satan a tout enlevé, s'écrie : « Dieu a donné, Dieu a repris, Dieu soit béni ! » et nous, nous disons « Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? » sans l'humour de Christian Clavier dans le célèbre film éponyme !

Jésus connaît si bien notre manie de calculer qu'il nous demande de nous assoir et de calculer si nous avons assez d'argent avant de commencer à construire, ou de faire le compte de nos forces avant d'affronter des adversaires. Mais il en tire une conclusion paradoxale et inattendue, un genre de calcul à « qui perd – gagne » : « Ainsi donc, conclut-il, quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il a, ne peut être mon disciple. »

Notre expérience quotidienne nous avertit pourtant que la recherche du profit pour soi est un piège mortel. Cela brise les amitiés, divise les familles (oh, ces querelles d'héritages !) Les parents aiment que leurs enfants « profitent », même si ceux-ci se montrent ingrats. N'est-ce pas l'attitude de Dieu lui-même ? C'est ce que nous a rappelé saint Paul en méditant le mystère de Jésus : « Alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c'est déjà difficile ; peut-être quelqu'un s'exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs » Dieu n'aime pas beaucoup l'économie libérale, il lui préfère la libéralité ! « Vous êtes mes amis » dit Jésus et il nous donne tout gratuitement. « O admirabile commercium », ô merveilleux échange nous dit un célèbre texte latin.

Nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu : il est donc logique que notre bonheur, notre plénitude, soient à l'image du bonheur de Dieu, c'est-à-dire aimer sans compter, à fond la caisse comme disent les jeunes, sans autre récompense que celle d'aimer. Comme le dit saint Bernard : « la mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure »

Chers amis, nous le savons bien, si nous écoutons notre cœur, c'est dans le don total et gratuit de nous-même qu'est notre vraie joie, notre vrai bonheur. La légende païenne de Midas qui transformait tout ce qu'il touchait en or et en profit démontrait déjà que la recherche immodérée du profit conduit inéluctablement à la mort, une mort atroce par inanition. Relisons la lettre du pape François « Laudato si » qui réécrit pour notre temps la joie de Jésus, la joie de l'Evangile, la joie de Dieu, la joie exubérante de saint François, la joie de vivre, tout simplement, la joie du don gratuit. D'ailleurs, la joie n'est-elle pas l'une des rares choses qui s'accroît quand on la donne ?

Commençons dès aujourd'hui à faire la joie de Dieu en recevant avec gratitude le don gratuit de Dieu : son Fils Jésus, pain et vin offerts pour la vie, pour la joie, et commençons à imiter sa libéralité : nous recevons Dieu gratuitement, nous pouvons donc le donner gratuitement – et nous avec par la même occasion – et la Croix de Jésus ne sera plus pour nous un châtiment mais la source jaillissante et vivifiante de la joie parfaite.

F. Pierre