Tous les saints Mt 5, 1-12a
Frères et sœurs, je ne sais pas si vous connaissez cette histoire sur un petit garçon qui visitait une église avec sa grand-mère. Il s'arrêtait devant les vitraux, étonné de voir les couleurs se répandre sur les dalles. Sa grand-mère lui expliquait : « Celui-ci, c'est saint François ; celle-là, c'est sainte Thérèse ; là, c'est saint Benoît… » Un peu plus tard, le petit garçon lui dit : « Mamie, j'ai compris : le saint, c'est quelqu'un qui laisse passer la lumière. »
Oui, un saint, c'est quelqu'un qui laisse passer la lumière de Dieu. Sa vie a une couleur particulière, avec une histoire unique, avec parfois des épreuves, des couleurs plus sombres, des jointures noirs. Et, à travers cette vie, l'amour de Dieu se manifeste, il la traverse, il devient visible.
Aujourd'hui, nous fêtons tous ceux qui ont laissé passer la lumière de Dieu dans leurs vies : les saints connus, bien sûr, ceux dont les noms figurent au calendrier, mais aussi une foule immense que personne ne peut dénombrer, dont parle l'Apocalypse, des hommes et des femmes de toutes nations, de tous peuples, de toutes langues. Parmi eux, il y a sans doute des visages qui nous sont familiers : une grand-mère dont la foi nous a portés, un père qui a aimé sans beaucoup parler, une personne qui a traversé une longue maladie tout en restant émerveillée par la vie, par la création, une autre qui nous a aidé au moment où nous étions en difficulté… Certes, nous ne connaissons pas tous les secrets de leur vie - Dieu les connaît – mais aujourd'hui, nous pouvons nous réjouir de tout l'amour qu'il a fait grandir dans ces personnes, de la lumière qui traversait leurs existences, parfois très discrètes.
Oui, la source de l'amour, la source de la lumière, c'est Dieu. S. Jean nous le dit dans la 2° lecture : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. » Et il ajoute : « Et nous le sommes. » Tout commence là. Avant nos efforts, avant nos réussites, avant même notre désir de devenir meilleurs, il y a cet amour du Père qui précède.
Dans l'Évangile, Jésus nous montre les chemins par lesquels cet amour, cette lumière, peut traverser nos vies. Ce sont les Béatitudes :
« Heureux les pauvres de cœur » : ceux qui acceptent d'avoir besoin de Dieu et des autres.
« Heureux les doux » : ceux qui renoncent à écraser les autres pour se faire une place, pour prendre le dessus.
« Heureux les miséricordieux » : ceux qui desserrent les poings, qui refusent d'enfermer quelqu'un dans sa faute.
« Heureux les artisans de paix » : ceux qui prennent le risque d'une parole juste, d'un premier pas vers l'autre, d'une réconciliation.
Nous avons là des chemins très concrets qui s'ouvrent chaque jour devant nous : quand une tension monte et que nous choisissons une parole qui apaise ; quand nous faisons une place à celui qui reste à l'écart ; quand nous acceptons de laisser notre programme pour répondre à un besoin. La sainteté prend alors le visage d'une attention, d'un peu de temps donné, d'une bonté qui n'attend pas forcément quelque chose en retour. C'est par ces petites ouvertures que la lumière de Dieu entre dans le monde.
Certaines Béatitudes peuvent pourtant nous dérouter : « Heureux ceux qui pleurent », « Heureux ceux qui sont persécutés ». Jésus connaît la tristesse, les larmes et la violence des autres envers lui. Il vient rejoindre ceux qui subissent l'injustice ou la violence, et leur promet que leur souffrance n'aura pas le dernier mot : ils seront consolés, ils recevront le Royaume. Beaucoup de saints ont traversé des épreuves. L'Apocalypse nous le rappelle. Certes, ce n'est pas le chemin obligatoire (heureusement !), mais on ne peut pas l'exclure non plus.
Frères et sœurs, chacun de nous est un vitrail. Mais un vitrail, même magnifique, ne s'éclaire pas tout seul. Il lui faut le soleil. Pour notre vie, ce soleil, c'est le Christ que nous accueillons dans la prière, dans sa Parole, dans les sacrements, dans l'Eucharistie, mais aussi à travers nos frères et sœurs et toute sa création. La lumière du Christ peut trouver un passage même dans les endroits de nos vies qui nous semblent obscurs, sombres, douloureux. Le Christ est le premier bienheureux, celui qui était pauvre, doux, miséricordieux, qui avait le cœur pur, qui cherchait la paix, mais aussi celui qui a souffert de l'injustice, qui a pleuré, qui a été abandonné. C'est pourquoi sa lumière est une lumière vraie, authentique. Ce n'est pas une lumière artificielle, désincarnée.
Alors, confions au Seigneur notre vie, avec ses belles couleurs et ses fragilités. Qu'il y fasse entrer sa lumière, pour que quelqu'un, à travers nous, puisse aujourd'hui se découvrir aimé de lui.
fr. Maximilien