Défunts Jn 6, 37-40
Frères et sœurs, si vous allez dans un musée de la tapisserie, comme celui de Sorèze, vous découvrirez de belles œuvres, mais aussi la façon dont elles sont réalisées. Ce qui est étonnant, c'est que le lissier travaille sur l'envers de la tapisserie. Du côté où il se tient, il voit les fils, les raccords, les nœuds. Le motif se forme sur l'autre face. Pour vérifier ce qui apparaît sur l'endroit, il utilise un miroir. Mais il ne voit encore qu'une partie de l'ensemble. Il faut attendre que la tapisserie soit détachée du métier et étendue pour découvrir le résultat de son travail dans sa totalité.
Notre existence ressemble au tissage d'une tapisserie. Tant que nous marchons sur cette terre, nous n'en voyons qu'une partie. Nous connaissons les fils de joie et de souffrance, les rencontres, les séparations, les épreuves dont nous ne comprenons pas toujours le sens. Et, au terme du chemin, la mort semble couper les fils d'une histoire qui pourrait continuer.
Le livre de la Sagesse évoque ce regard que nous pouvons porter sur la mort : « Aux yeux de l'insensé, ils ont paru mourir ; leur départ est compris comme un malheur, et leur éloignement, comme une fin ». Puis il nous ouvre à une autre réalité : « mais ils sont dans la paix ». L'envers : cela semble être un malheur, l'endroit : c'est la paix. Nos défunts ne sont pas jetés dans le néant : ils ont quitté l'envers de la réalité pour découvrir, face à Dieu, la trame véritable et lumineuse de leur existence.
S. Paul parle aux Corinthiens de la métamorphose : « Voici que je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés ». Cette transformation, ce n'est pas l'effacement de notre histoire, mais son accomplissement. Comme les fils, avec leurs nœuds, trouvent leur place dans la tapisserie achevée, notre histoire, avec ses épreuves et ses bonheurs trouvera son sens, son unité, auprès de Dieu.
La mort n'a pas le pouvoir de détruire l'œuvre de Dieu en nous. En ressuscitant, le Christ a brisé le pouvoir de la mort sur l'homme. C'est pourquoi S. Paul s'exclamer d'une façon un peu provocatrice : « La mort a été engloutie dans la victoire. Ô mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? »
Si le Christ a vaincu la mort, ce n'est pas seulement pour lui, mais pour nous tous parce que, comme il le dit, « la volonté de celui qui m'a envoyé, c'est que je ne perde aucun de tous ceux qu'il m'a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. »
« Aucun. » Ce mot de Jésus nous permet de prier pour tous avec confiance. Nous pensons aujourd'hui à des personnes dont nous connaissons le visage et l'histoire. Nous leur associons celles dont personne ne se souvient plus, mais qui sont connues et aimées de Dieu.
Le Christ accueille ceux que le Père lui confie et leur promet la résurrection. Nous pouvons donc lui présenter nos défunts tels qu'ils ont été : avec le bien qu'ils ont accompli, leurs combats, leurs fautes aussi. Nous pouvons lui remettre les fils de leur histoire, comme de la nôtre, que nous ne savons pas relier : les questions restées ouvertes, les liens blessés, tout ce qu'une mort a pu laisser en suspens. Nous demandons au Seigneur de guérir, de réconcilier et d'achever ce qui reste inachevé.
Frères et sœurs, aujourd'hui, rendons grâce pour ceux qui nous ont précédés et pour ce que nous avons reçu d'eux. Demandons pour eux le pardon et la paix. Que le Christ soutienne notre espérance et nous rassemble un jour auprès du Père. Nous pourrons alors découvrir ensemble toute la beauté de ce que son amour aura tissé dans nos vies.
fr. Maximilien