5° Dimanche de Pâques (A) Jn 14, 1-12
« Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure… » La maison du Père de Jésus est celle où tous peuvent trouver une maison, un lieu où demeurer.
Nous avons tous le bonheur d'avoir une maison, un lieu qui nous protège et qui nous rassemble avec nos proches. C'est important une maison.
Mais il existe autour de nous des personnes sans domicile fixe et les médias nous disent le nombre immense des réfugiés qui ont tout perdu, à Gaza, en Ukraine, au Liban, en Iran et ailleurs…. Les moines d'un tout petit monastère de Côte d'Ivoire ont dû, un jour, accueillir des centaines de refugiés dont le village avait brûlé et qui étaient sans toit.
Rendons grâces à Dieu aujourd'hui du bienfait, du bonheur d'avoir un lieu, une maison et essayons de comprendre ce que Jésus nous dit quand il nous parle de la maison du Père.
La Maison du Père ? Je pense à la dernière parole du pape Jean-Paul II avant de mourir : « Laissez-moi partir vers la maison du Père ». La maison du Père c'est là où existe la relation vraie entre les personnes. La Maison du Père c'est aussi la maison du Fils et du Saint Esprit, c'est l'amour, la communion qui les unit, leur relation dans l'amour et la communion parfaite, la Sainte Trinité quoi !
Cette communion, les hommes ne l'ont pas inventée, cette Maison-là, ce n'est pas nous qui l'avons bâtie. Elle nous est ouverte gratuitement, elle nous est offerte par pure grâce et c'est pourquoi Jésus nous dit : « Je pars vous préparer une place. Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi ». Cette maison du Père est tellement peu notre invention, notre construction qu'à notre mort nous devons quitter notre maison de la terre pour entrer dans la demeure éternelle de Dieu, dans la communion, dans l'amour éternel.
Notre maison de la terre a une fin, comme notre vie sur la terre finit un jour, mais habiter, demeurer dans la communion d'amour du Père, du Fils et du Saint Esprit n'a pas de fin, c'est ce qu'on appelle la vie éternelle : « être avec Dieu » éternellement. Le chemin pour y arriver, c'est le Christ. Nous venons de l'entendre : « Moi, Je suis le chemin, la Vérité et la Vie ». La « Vérité et la Vie », c'est-à-dire la vraie Vie, celle pour laquelle nous sommes faits, et qui ne finit pas.
Savez-vous que les premiers chrétiens se sont simplement appelés les « Vivants » par ce qu'ils avaient trouvé dans le Christ la vie pleine, la Vie vraie et indestructible, pas la vie biologique, mais la Vie qui leur vient de leur relation avec le Christ ; et, pour bien faire la distinction, dans leur langue grecque, ils avaient deux mots pour parler de la vie « Bios » (la vie biologique, celle qui finit et qui meurt) et « Zoè » (la Vie, la vraie, qui les unit à Jésus le Vivant). C'est ce que saint Pierre dit dans la deuxième lecture : le Seigneur Jésus est la Pierre Vivante… Vous aussi soyez les pierres vivantes…
Comment ? Par la foi au Christ. Pas seulement croire en Dieu, mais croire au Christ, vrai Homme et vrai Dieu. Dans l'évangile d'aujourd'hui, Jésus se donne comme objet de notre foi, à l'égal de Dieu : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi… » Jésus seul, le Fils unique du Père, peut nous ouvrir cette Vie dans la Maison du Père. Il nous fait participer à sa vie de Fils et nous devenons fils par Lui, avec Lui et en Lui, comme nous le chantons à chaque Eucharistie avant de dire le Notre Père.
Devenus fils en Lui nous sommes frères les uns des autres ; toute personne, même ennemie, devient pour moi ce frère, cette sœur pour qui le Christ est mort et est ressuscité. L'Eglise devient alors la communion des fils et des filles de Dieu, frères et sœurs les uns des autres, l'Eglise est la Famille de Dieu ici-bas, avant d'être rassemblée pour toujours dans la maison du Père.
C'est cela que nous fait vivre chaque Eucharistie qui s'est appelée d'abord la « fraction du pain », le « pain rompu ». Rompre le pain c'était d'abord la fonction du père de famille qui partage le pain à ses enfants. Rompre le pain, c'était aussi le geste de l'hospitalité, par lequel on partage à l'étranger ses propres biens, on l'accueille dans la famille.
Dans l'Eucharistie, après avoir dit ensemble le Notre Père, la bonté du Père se montre à nous lorsque Jésus, le Fils, se communique et se distribue lui-même dans la communion et, en Lui, nous rend de plus en plus fils et filles de Dieu, frères et sœurs les uns des autres. Alors, nous ne pouvons pas nous désintéresser de ceux et celles qui, dans notre monde, sont réfugiés, exilés, sans toit, puisque nous sommes appelés à nous retrouver tous ensemble dans la maison du Père.
Que cette messe dominicale ouvre nos cœurs à l'amour sans limites qui rendra notre monastère accueillant et vos maisons, frères et sœurs, accueillantes à toute personne dans le besoin, jusqu'au jour où nous serons pour toujours, ensemble avec le Christ dans la maison du Père. Amen !
P. André-Jean