4° Dimanche de Pâques (A) Jn 10, 1-10
Frères et sœurs, rappelez-vous il y a six semaines : c'était le 4ème dimanche de Carême, avec l'Évangile de la guérison de l'aveugle de naissance. Le contexte était extrêmement polémique. Le ton montait progressivement entre Jésus et les pharisiens jusqu'au paroxysme final : vous croyez voir mais vous êtes des aveugles (Jn 9, 39.41). Les pharisiens s'enfonçaient dans leur aveuglement, tandis que le regard de l'aveugle-né s'éclairait jusqu'à confesser sa foi au Christ.
Eh bien, juste après, c'est le chapitre sur le Bon Pasteur, qui commence par l'Évangile de ce jour. Ainsi, le chapitre sur le Bon Pasteur n'est pas une douce parenthèse bucolique dans l'Évangile de Jean.
Nous avons entendu que Jésus s'adresse dans cet Évangile aux pharisiens qui ne comprennent pas ce qu'Il veut leur dire. C'est pourquoi il explique : je suis la porte ; les brebis n'écoutent pas les voleurs et les bandits. L'aveugle-né est ainsi le type même de ceux qui passent par le Christ-Porte des brebis et les pharisiens sont des voleurs et des bandits.
Voilà de quoi abandonner l'imagerie pieuse du Bon Pasteur portant une brebis sur ses épaules ; oh ! une brebis bien peignée, presque souriante, aux yeux si doux... on la dirait même parfumée... à l'eau de rose.
Je ne suis pas de la campagne, mais il me semble tout de même qu'une brebis, ça ne sent pas très bon. Un missionnaire jésuite au Liban a écrit : « J'ai appris ce qu'est être berger, pasteur. J'ai vu des bergers abandonner leur troupeau pour rechercher durant dix jours une brebis perdue. Ils dorment avec les animaux, ils sont imprégnés de leur odeur. En les prenant dans ma voiture, je devais ouvrir les fenêtres, même en hiver ».
Voilà pour quitter l'imaginaire : le climat très polémique de cet Évangile… et ce qu'est réellement une brebis !
Avec la brebis réelle, reprenons la fin de la seconde lecture, la première lettre de Pierre : « vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger… ». L'humanité, l'Église, chacun de nous : nous étions errants comme des brebis perdues. L'ordre est important, et nous avons quelque peu oublié cette intuition de la Première Alliance : Dieu sauve son peuple et donc chacun de nous… et non le contraire qui est notre manière habituelle de penser : Dieu sauve chacun et donc nous tous !
L'humanité, l'Église, chacun de nous : nous sommes la brebis errante, blessée… et qui ne sent pas bon ! Nous avons été ramenés par le Christ, sur ses épaules, vers la bergerie. Et comme les brebis sont toujours tentées de quitter la bergerie, au risque de se mettre en danger, nous revenons sans cesse – comme le dit saint Pierre – nous revenons sans cesse vers le Christ-Berger, qui de nouveau nous soigne et nous sauve de nos errances.
Et puisque nous lisons en ce temps pascal la 1ère lettre de Pierre, c'est l'occasion de la lire en intégralité – elle ne fait que 5 chapitres – sans oublier de lire l'introduction dans notre Bible et de mesurer par là-même qu'elle a été écrite à l'occasion de persécutions des communautés chrétiennes destinataires.
Frères et sœurs, avec ces éléments, nous avons comme secoué cet Évangile, pour le faire apparaître dans sa force et sa vigueur. Ceci fait, nous pouvons maintenant le prier avec les écrits de ceux qui ont travaillé et médité ces lignes.
D'abord saint Ambroise, évêque de Milan qui s'adresse au Christ : Seigneur, viens me chercher, viens chercher ta brebis. J'ai erré loin du troupeau. Viens me chercher, car moi aussi je te cherche. Cherche-moi, trouve-moi, prends-moi, porte-moi. Viens donc, Seigneur, car, bien qu'ayant erré, je n'ai pas oublié tes commandements.
Semblablement, saint Bernard écrit : "J'ai cherché celui que mon cœur aime" dit l'épouse du Cantique des cantiques. C'est à cela que te provoque la bonté de celui qui t'a devancé en étant le premier à te chercher et le premier à t'aimer. Tu ne chercherais pas Dieu si d'abord il ne t'avait pas cherché ; tu ne l'aimerais pas si d'abord il ne t'avait pas aimé. Il s'est mis à ta recherche pour que tu n'aies pas à te plaindre de n'être pas réellement aimé. Il est bien certain que, sans être cherché par lui, tu n'aurais pas pu te mettre à sa recherche, et que cherché par lui, tu ne peux plus maintenant ne pas le chercher.
Frères et sœurs, avec la liturgie de ce dimanche, reprenons aussi durant la semaine le psaume 22, le psaume de cette messe : Le Seigneur est mon berger, sur des prés d'herbe fraîche Il me fait reposer ; Il me fait revivre.
Avec le Christ Ressuscité, nous savons que lorsque nous traverserons les ravins de la mort, nous ne craindrons aucun mal, car le Ressuscité sera avec nous. Il est déjà avec nous ce matin, dans la lumière de Pâques. Alleluia.
F. Jean-Jacques