3° Dimanche du TO*A Mt 4, 12-23
C'est le dimanche de la Parole. Alors saint Matthieu fait sa lectio divina, il lit les Écritures, et il y cherche le Christ. Comme nous.
Où est donc le Christ dans les Écritures, dans ce que nous appelons l'Ancien Testament? Matthieu aime bien la géographie, explorer la Terre sainte, et bien sûr l'histoire, l'histoire sainte. Ces deux-là, l'histoire et la géographie, c'est absolument la même chose, et c'est pourquoi jusqu'au bac, c'est le même prof qui les enseigne. La géographie, c'est l'histoire observée dans l'espace, la météo qui transforme la terre, la géologie, et donc les migrations, les peuplements, la démographie… et l'histoire, c'est la géographie regardée dans le temps, se transformant à travers l'évolution, les actions humaines, les millénaires, les siècles, les années.
Alors Matthieu cherche Nazareth dans l'histoire sainte… Mince! Pas de Nazareth dans les Écritures. Il a bien cherché. Non, nulle part. Alors il cherche Capharnaüm… Pas de Capharnaüm dans les Écritures, nulle part! Oh, c'est décourageant, la lectio divina.
« Cherche, Matthieu, cherche encore un peu, cherche, Matthieu, cherche encore un peu! » OK, on va chercher la Galilée. Jésus a sillonné la Galilée. Peut-être que ça va s'éclairer?
Bonne pioche, Matthieu. Excellent! Jackpot, la Galilée.
Ça y est, il tient le fil rouge, le fil conducteur, la Galilée. Un passage d'Isaïe, tiré du livret de l'Emmanuel, va apporter beaucoup de lumière. La Galilée: « Pays de Zabulon et pays de Nephtali »!
Histoire. Eh oui, ce sont les deux tribus qui constituaient la Galilée.
Géographie: « route de la mer »! Par rapport à la Judée montagneuse, et même par rapport à Ephraim et Manassé, les deux puissantes tribus de l'Israël du Nord, la Galilée est un boulevard, la « route de la mer », pas loin de la côte, lieu de passage par excellence. Si bien que les envahisseurs n'ont pas cessé de la mettre à mal, par le Nord et par le Sud, les Assyriens comme les Égyptiens. Tous les empires ont voulu annexer la riche Galilée: grenier à céréales et verger magnifique.
Histoire. À l'époque où le prophète Isaie prononce son oracle, sous le roi Akaz, au 8° siècle avant le Christ, l'Assyrie vient de s'emparer de l,a Galilée et elle a déporté les habitants de Zabulon et Nephtali à Ninive. C'est cette déportation que raconte l'histoire de Tobie dans la Bible. Préfiguration de ce qui va se passer pour Samarie, trente ans plus tard, et puis pour Jérusalem, un siècle et demi plus tard.
Région prophétique donc pour Israël, la Galilée: première région à partir en diaspora et à être envahie par les étrangers: « Galilée des nations ». À toutes les époques, la Galilée a vu débouler des étrangers, des Phéniciens de Tyr et Sidon, tout proches, des Assyriens, des Perses, des Grecs et finalement des Romains. Un jour, la Galilée a vu débouler le plus étranger des étrangers, le Tout-Autre, Dieu. À l'époque de Jésus, les Romains y sont très présents: ils ont construit de toutes pièces plusieurs villes nouvelles: les deux Césarée, en l'honneur de César, Tibériade, en l'honneur de Tibère, et encore Sépphoris, tout près de Nazareth…
Matthieu est un bon hébraïsant: il sait que la racine du mot Galilée, galal, veut dire « tourner »: la Galilée est une plaque tournante, un rond-point, un carrefour. Voilà ce qu'a choisi le Fils de Dieu pour s'y manifester, un carrefour! Pour bien se faire voir, Jésus met un gilet jaune.
Frères et sœurs, tout ça, c'est là, écrit dans les notes de vos Bibles. Pas besoin d'être un savant pour le découvrir, seulement de la patience et de la curiosité. Accepter de ne pas tout comprendre mais lire encore. Ce que je comprends aujourd'hui m'aidera demain à mieux comprendre un autre passage. La lectio, c'est un élixir anti-dépresseur, un élixir de vie.
Matthieu a saisi un lien décisif. Ou du moins, il a approfondi un lien que Marc avait saisi avant lui: la Galilée et la mer. La grande mer et la petite mer, la Méditerranée et la mer de Galilée, le lac de Tibériade. La moitié de tout l'évangile se passe au bord de la mer! Jésus a commencé par appeler des marins-pécheurs. Des marins avec un bateau. Parce que Jésus voit loin, très loin. Ceux qu'il appelle, il va monter dans leur barque, les forcer à naviguer sur la petite mer, avec lui, et l'Esprit Saint les enverra sur la grande mer, avec lui encore, mais ressuscité, montrant sa présence et pourtant invisible, comme quand il dormait dans la petite barque.
Pour l'heure, l'oracle d'Isaïe annonce aux déportés de Galilée, à ceux qui sont en exil, une revanche, une lumière éclatante.
Matthieu ajuste les pièces du puzzle: une lumière éclatante dans la nuit, au carrefour des nations, c'est Jésus, c'est cette manifestation de Jésus, de sa naissance à sa résurrection. Tout dans la vie de Jésus, incarnation, passion, résurrection, est à la fois lumière éclatante et profonde obscurité.
Parmi tous les sens qui lui sont donnés, l'être humain a de tout temps sur-valorisé le sens de la vue. Hyper-précieuse, la vue, les yeux!
Et pourtant, quelle courte vue, quelle vision infirme, quelques mètres et on ne voit plus aucun détail, l'horizon, les étoiles, on ne voit quasiment rien, sinon de la nuit. Jésus est la lampe qui éclaire nos pas, comme le dit un psaume: « Une lampe sur mes pas, ta Parole, Seigneur! » Alors écoutons cette parole, lisons-là, —lire, c'est écouter avec ses yeux—et approchons-nous du Dieu qui, en Jésus, s'est à ce point approché de nous.
P. David