28° Dimanche du TO*A Mt 22, 1-14
Dans la 1ère lecture, le prophète Isaïe s'adresse à un peuple qui vit une situation désespérée. Il annonce l'intervention de Dieu qui opèrera un renversement radical non seulement du sort d'Israël mais aussi de tous les peuples. Un monde nouveau est en train de naître, une immense fête qui sera un festin va rassembler tous les peuples. Ce sera alors un monde différent, une humanité fraternelle en totale communion avec Dieu. Ce repas célèbre la disparition définitive de l'humiliation, de la souffrance et de la guerre. En communion les uns avec les autres, nous célèbrerons alors la grandeur de Dieu.
Jésus reprend l'image de cette grande fête, de ce grand festin entrevu par Isaïe, mais il nous parle d'un roi qui célèbre les noces de son fils. Ce roi, c'est Dieu qui invite l'humanité entière à la noce de son Fils Jésus. Envoyé par le Père, Jésus a épousé notre humanité par son incarnation. Et le Père veut absolument que tous en bénéficient et s'en réjouissent. C'est toute l'humanité que le Père veut rassembler auprès de Jésus. Les paroles de Jésus sont très claires : « Allez donc à la croisée des chemins ; tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noces. »
A la prophétie d'Isaïe, Jésus met donc l'accent sur un élément déterminant : la gratuité de l'invitation de Dieu. L'initiative de Dieu est toujours gratuite. Pour aller à ce banquet, combien faut-il payer ? Le billet d'entrée c'est d'être malade, c'est d'être pauvre, c'est d'être pécheur ! Voilà ce qui nous laisse passer, voilà le billet d'entrée. Le remède pour la guérison : avoir simplement besoin d'être aimé.
Plus loin, dans ce récit, nous avons d'un côté, Dieu, qui ne fait rien payer et dit ensuite aux serviteurs de faire venir des pauvres, des estropiés, des bons et des méchants : une gratuité «sans limites» où Dieu «reçoit tout le monde». D'un autre côté, les premiers invités qui refusent la gratuité et l'amour.
Ils sont comme le frère ainé de la parabole du fils prodigue, qui ne veut pas aller au banquet organisé par son père pour son frère qui était parti : il ne comprend pas. « Mon petit frère a dépensé tout l'argent de la famille, il a dépensé l'héritage en vices, en péchés, et toi tu lui organises une fête ? Et pour moi qui t'ai toujours obéi, rien ? » Le fils aîné ne comprend pas la gratuité du salut ; il pense que le salut est le fruit du « je paie et tu me sauves ». Je paye avec ça, je paye avec ça, je paye avec ça… Non : le salut est un don de Dieu auquel on répond par un autre don, le don de son cœur !
Ceux qui refusent l'invitation se pensent en sécurité avec leurs champs et avec leur commerce ; ils ont perdu le sens de la gratuité, ils ont perdu une chose plus grande et plus belle encore: la capacité de se sentir aimer, d'être aimé d'un amour totalement gratuit !
Frères et sœurs, nous sommes les invités du Seigneur Jésus, qui nous a recommandé de nous réunir ce matin autour de son Fils, autour de cet autel. C'est pour nous l'occasion de montrer notre amour pour la personne qui nous invite.
Celui qui nous a invités ce matin, nous a rassemblés dans cette église d'En Calcat, mais il en rassemble aussi ce matin des centaines et des centaines de millions dans toutes les églises du monde, dans toutes les parties du monde, et c'est cet appel qui nous transforme, c'est cet appel qui, au-delà de toutes nos différences de culture, d'idées, d'opinions et de préoccupations, fait de nous une communauté humaine et fraternelle, une Église.
Mais il y a un dernier élément qu'il importe de souligner : dans cet Évangile, un habit de fête s'impose. Une personne bien éduquée ne va pas à un banquet avec les habits des champs. Ceci dit, tous ceux qui ont été ramassés sur la place publique pour emplir la salle du banquet n'avaient certainement pas une tenue de noce.
Pour comprendre le sens de cet élément de notre parabole, il faut se reporter à celle de l'enfant prodigue où, lorsque le fils demeuré fidèle à son père revient des champs et entends le fruit de la fête, il ne veut pas entrer. La leçon de notre parabole d'aujourd'hui est qu'on ne peut participer au banquet offert par Dieu à tous ses fils et ses filles, si l'on n'a pas le cœur en fête, si l'on n'est pas disposé à se réjouir du fait qu'il accueille à ce banquet tous les pécheurs et tous les pauvres pécheurs comme nous.
Notre frère Daniel revient de Bouaké et il me disait que ce qui l'a marqué en visitant le quartier précaire qui jouxte le monastère, c'est d'avoir vu des hommes et des femmes qui vivent au milieu de la saleté (car il n'y a ni le tout à l'égoût, ni les conditions sanitaires minimales), mais en revanche tous sont bien habillés et très propres. J'ai été très content qu'il ait su voir cela.
Le secret de ce paradoxe, c'est qu'entre eux, il y a l'amour et donc il y a toujours la fête… Lorsque l'on fait la fête, l'on est beau. Ce quartier qui est un microcosme de l'Afrique, où toutes les cultures sont représentées est un petit coin de paradis. Ceci dit, vous croyez que c'est facile pour un baoulé de vivre à côté de peulhs qui imposent la promiscuité d'un troupeau de bœufs avec des odeurs nauséabondes ? Non, ce n'est pas facile. Or, lorsque quelqu'un veut quitter ce quartier pour aller dans un autre quartier plus favorisé, tout le monde est triste.
Vivre ensemble, ce n'est pas facile… Mais si l'on s'aime, si l'on s'accepte différent, si l'on supporte ces différences… l'on est heureux : on devient frères et l'on découvre que nous avons le même Père. C'est ce Mystère que nous allons célébrer à présent.
Amen.
F. Jean-Luc