2° Dimanche de Carême (A) Mt 17, 1-9

Transfiguration d'un visage qui devient brillant comme le soleil, de vêtements qui deviennent blancs comme la lumière. Qui est cet homme transfiguré véritablement? Qui est Jésus ? Pour ses trois disciples, Pierre, Jacques et Jean qu'il entraîne avec lui à l'écart sur une haute montagne, il est le Messie attendu par Israël, il est celui qui les a choisis avec quelque autres pour être ses témoins. Pierre, quelques jours avant cet épisode, pose un acte  de foi : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».

Jusque là, les disciples cheminent dans la foi, non dans une claire-vision. Ils quittent pour Jésus leur métier, leur maison, leur vie de pécheurs en Galilée attirés par la puissance de sa parole, enseignés par sa doctrine et sa médecine, conduits pas son attitude exemplaire. Ils quittent comme Abraham le connu, la parenté ordinaire, une localité et partent vers des horizons dont ils ne perçoivent aucune ligne, aucun paysage, rien sinon cet homme Jésus qui les bouleverse dans leur quotidien, les renverse dans leur croyance ancestrale et les transforme dans leur vision du monde et de Dieu.

Et là, à l'écart, sur une haute montagne, c'est le visage de Dieu qui se révèle et leur parle dans sa gloire, devant eux qui en tombent face contre terre saisis d'effroi. Vision de Dieu dans un visage humain, contemplation de la gloire divine dans un corps d'homme. Vision qui donne à voir plus qu'un homme, le Fils de Dieu dans sa gloire ; vision qui donne à entendre plus que la voix du Fils, celle du Père dans les cieux. Vision divine où retentit une voix céleste sous la nuée de l'Esprit.
Car voir Dieu, c'est l'entendre. Qui me voit, voit le Père nous dit Jésus. Qui écoute ma voix, écoute  celui qui m'a envoyé dit-il encore. Contempler le face du Christ, c'est voir le visage du Père. Écouter la Parole du Fils, c'est entendre la voix du Père. Dans la Foi, nous contemplons. Dans la Foi, nous écoutons. Dans la Foi, nous marchons sous la nuée de l'Esprit qui nous guide vers la source de notre vie et le sommet de notre accomplissement.

Mais cette marche vers la gloire du Fils, cette montée vers le Père, cet exode sous l'Esprit vers le royaume sont ceux d'un peuple en pèlerinage ; un peuple de toutes langues et nations en marche vers la gloire ; un peuple d'enfants de Dieu en chemin pour le salut du monde. C'est un peuple qui marche vers gloire du Fils en passant par la fraternité en Christ. C'est un peuple qui monte vers le Père en passant par la filiation divine dans le Christ. C'est un peuple en exode qui avance sous le nuée de l'Esprit en passant par le combat spirituel avec le Christ.
Nous sommes chacun, chacune un cœur battant de ce peuple qui bat du cœur  de son Sauveur, qui marche avec Moïse et Élie. Un cœur battant d'autant plus fort qu'il cache enfoui dans sa chair blessée cette lumière du Christ ressuscité, cette étincelle de gloire qui jaillira au dernier jour.

Aussi, cette lumière de la Transfiguration, cette hiérophanie sur notre terre est-elle la lampe de notre espérance au milieu des ténèbres. Elle est le flambeau de nos processions peineuses en ce bas monde. Elle brille plus loin que nos épreuves terrestres. Elle brille plus loin que nos moments de fatigue, de doute et de désespoir. Elle brille plus haut que nos bas et tristes horizons. Elle est cette petite flamme vive qui brûle et consume le bois de la Croix pour nous annoncer le Christ ressuscité et vainqueur de la mort. 
Alors comme Pierre, Jacques et Jean gravissons la montagne du Seigneur avec courage, allons à la maison du Seigneur avec confiance et marchons au sanctuaire où ce Seigneur de gloire nous attend et nous voit déjà glorifiés dans sa Résurrection.
Amen.

F. Nathanaël