15° Dimanche du TO*A Mt 13, 1-23
Chers frères et sœurs, faut-il faire une homélie quand Jésus lui-même, dans cet Évangile, explique cette parabole de la Parole semée en nous ? Soyons donc brefs en risquant cependant quelques mots.
Jésus parle à ses disciples, à nous, à chacun et chacune de nous et répond à la question : « Pourquoi parles-tu aux foules avec des paraboles ? » - « Parce qu'à vous – dit Jésus – il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais ce n'est pas donné à ceux-là. »
« À vous il est donné », c'est un don gratuit. Isaïe l'annonce dans la première lecture : la Parole de Dieu est donnée comme « la pluie et la neige qui descendent des cieux… » En écoutant cette parabole, serions nous passés justement à côté de ce don, de la compréhension de ce don et donc à côté « des mystères du Royaume », en tombant peut-être dans un piège ?
En écoutant cet évangile, quelle question m'est venue à l'esprit ? Dans quel terrain je me reconnais : la semence tombée au bord du chemin ? « le sol pierreux ? » « les ronces, les épines qui ont étouffé la semence ? » « La bonne terre ? » Et me voilà occupé à m'ausculter, à m'occuper de moi même … Je suis tombé dans le piège car j'oublie de regarder d'abord Celui qui sème la Parole, ce geste gratuit du semeur qui se répand partout, en lançant sa Parole de vie sur tous les terrains… certain qu'elle arrivera à se faufiler comme cette herbe, cette petite fleur qui pousse et surgit parfois de cette fissure étroite d'un sol cimenté…
Bien sûr – et il n'y a qu'à regarder notre vie qui vieillit et le monde qui se dégrade – pour constater cet « esclavage de la dégradation » dont parle saint Paul dans la deuxième lecture à propos de la création « soumise au pouvoir du néant… »Mais, parce que nous oublions sans cesse Dieu et le don premier et absolument gratuit de Son Amour, Dieu qui est « l'initiative de nos initiatives », alors nous perdons l'espérance, dont parle encore saint Paul, à propos de la réalité créée, l'espérance que nous aussi nous connaîtrons « la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu »
Cette liberté, plus forte que tout mal, plus forte que le néant, liberté des fils et des filles de Dieu que nous sommes, quelle est-elle ? Elle n'est pas liberté DE faire ceci ou cela selon mon bon plaisir ; elle est la liberté POUR aimer davantage. Telle est la liberté des enfants de Dieu. La liberté n'est pas l'absolu. Seul l'amour est l'absolu parce que « Dieu est Amour ». Quand, dans l'enfer d'un camp de la mort, le prêtre polonais Maximilien Kolbe choisit de prendre la place d'un père de famille et de mourir dans le cachot de la faim par amour de Dieu et du prochain, il a perdu toutes les libertés DE ; il est souverainement libre de la liberté des enfants de Dieu POUR aimer davantage…
Quand nous communions, à l'Eucharistie, au Corps ressuscité du Seigneur Jésus, nous nous mettons sous perfusion pour obtenir cette liberté d'aimer toujours plus, cette liberté pour laquelle il nous faut lutter jusqu'au dernier souffle, et qui s'épanouira enfin pleinement quand nous serons semblables au Seigneur Jésus parce que nous Le verrons tel qu'Il est éternellement. Amen.
P. André-Jean