Nativité du Seigneur (jour) Jn 1, 1-18
Frères et sœurs, les scientifiques nous disent qu'il y a près de quatorze milliards d'années, un événement mystérieux a donné naissance à notre univers : ce que l'on appelle le Big Bang. D'un point infiniment petit, d'une densité extrême, ont jailli l'espace, le temps, la lumière, la matière. De cette expansion sont nées les étoiles, les galaxies, les planètes, et un jour, la vie. Nous portons tous en nous des milliards d'atomes issus de cette histoire cosmique. Comme le disait le scientifique Hubert Reeves : « Nous sommes des poussières d'étoiles. »
La science nous aide à comprendre le comment de l'univers. Elle nous émerveille par la cohérence et la beauté de ce monde. Mais notre foi nous conduit plus loin encore : elle nous ouvre au qui et au pourquoi. La Bible commence par ces mots simples et vertigineux : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » Et l'évangile de S. Jean nous révèle que ce Dieu n'est pas une force anonyme, mais une Parole vivante, le Verbe, par qui tout a été créé, et sans qui rien n'existe.
Ainsi, à l'origine de tout, il n'y a pas le hasard, mais un désir. À l'origine de l'univers, il y a un Dieu qui parle, un Dieu qui désire, un Dieu qui aime. Et l'évangéliste va encore plus loin : il nous dit que l'être humain n'est pas né d'un simple enchaînement de causes même biologiques, mais qu'il est né de Dieu. Chacun de nous est voulu, désiré, appelé par le Seigneur. Nous ne sommes pas une erreur de parcours dans l'univers ; nous sommes le rêve de Dieu devenu réalité.
Cela change profondément notre regard sur nous-mêmes. Si nous sommes issus du désir de Dieu, alors notre vie a un prix infini. Il n'y a rien en nous que Dieu méprise. Il n'y a aucune nuit qu'il refuse de traverser. Noël nous révèle jusqu'où Dieu est prêt à aller pour nous dire son amour : jusqu'à devenir l'un de nous.
Car le cœur de Noël est là : le Dieu éternel, infini, créateur de l'univers, a choisi de se faire homme, avec un corps capable de fatigue et de souffrance, un esprit capable de questionnement et de liberté, un cœur capable d'émotion, de joie et de peine. Le commencement de tout ce qui existe devient le commencement d'une vie humaine concrète, inscrite dans une histoire, un peuple, une famille. L'origine de l'univers accepte de dépendre d'une mère, d'apprendre à parler, à marcher, à aimer.
Dieu ne reste pas au sommet, il descend. Il ne se manifeste pas dans l'écrasante puissance, mais dans la fragilité d'un enfant. Il devient non pas le Très-Haut, mais le Très-Proche. Et c'est là, paradoxalement, que se révèle sa véritable grandeur.
À Noël, notre regard sur Dieu est profondément transformé. Nous comprenons que Dieu n'est pas d'abord à chercher dans un ciel lointain ou dans des hauteurs inaccessibles. Le ciel n'est plus seulement « au-delà » ; il est désormais « au-dedans ». Dieu vient habiter l'intimité de notre existence, le cœur même de notre humanité. Il est l'infini qui se fait proche, l'éternel qui se rend présent dans le temps, le mystère qui accepte d'entrer dans nos vies ordinaires. « Le Verbe s'est fait chair » : Dieu d'infinité devient Dieu de proximité, Dieu de relation, Dieu avec un visage.
Et cette naissance n'est pas seulement celle de Jésus à Bethléem. Elle est aussi la nôtre. En accueillant le Verbe, quelque chose renaît en nous. Une espérance nouvelle. Une capacité à refuser le non-sens, le désespoir, la résignation. Le Christ devient le sens vivant de notre existence.
Frères et sœurs, de même que nous portons en nous la mémoire du Big Bang à travers les atomes de notre corps, nous portons aussi en nous la présence de Dieu, indestructible. Dieu avec nous, Dieu en nous, pour toujours. Voilà la merveille de Noël.
fr. Maximilien