D'une guerre à l'autre

 Editorial (mai 2022)

D'une guerre à l'autre

 Une « guerre » semble finie, celle du COVID, et une autre apparaît sous nos yeux depuis quelques mois, en Ukraine. Ce ne sont plus des personnes contaminées qui affluent aux urgences, mais des réfugiés ukrainiens qui arrivent à nos portes. Les combattants en blouse blanche de la pandémie, qui faisaient face à l'invasion du virus, ont passé le relais à d'autres soldats bien réels en treillis, armés contre l'envahisseur russe, luttant pour la liberté de leur pays, et pour leur dignité.

La guerre n'a jamais disparu. Elle s'est juste rapprochée de nous, en « s'invitant » de nouveau en Europe. Comme pour les épidémies, nous avions oublié que la guerre existait, et qu'elle pouvait nous toucher de près. « La guerre, les épidémies, c'est pour les autres qui sont en Afrique ou en Asie ». Nul n'est épargné, et cela de tout temps. La Bible nous raconte l'histoire du peuple d'Israël aux prises avec les autres tribus qui l'environnent. Des guerres, encore des guerres. Des injustices, toujours des injustices. Des abus, toujours des abus. « Que fait Dieu ? », diront certains. « Pourquoi tant de noirceur dans notre monde ? ». Sur une croix, Dieu souffre avec ceux qui souffrent. Oui, la guerre et le mal sont une tâche, le péché est une éclaboussure sur le livre de la vie. L'oppresseur moderne est convaincu d'œuvrer pour le bien, de libérer le pauvre peuple ukrainien du joug « nazi ». Comble du péché : « Je te veux du bien, donc je te détruis ». La perversion se délecte du bon fruit, pour le pourrir de l'intérieur. Le Pharaon, dans le livre de l'Exode, est le type même du manipulateur qui souffle le chaud et le froid ; il laisse partir le peuple hébreu pour le rattraper ensuite dans le désert, puis l'accuse de « chercher le mal » (Ex 10,10) (cf. Pascal IDE, Manipulateurs, les personnalités narcissiques, p. 108). C'est bien connu : le pervers accuse les autres de faire le mal, alors que lui agit « pour le bien ».

Le Christ, lui, n'est pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver, lui donner la Vie. Il n'accuse personne, et ne veut que le bien. Le mal ne l'intéresse pas ; ce serait attribuer un pouvoir au mal que de se soucier de lui. Alors, ne faudrait-il pas, nous aussi, regarder le bien et le beau avec Dieu, et cesser de nous tourner vers la mort et la destruction ? Si nous nous attardons, comme la femme de Lot, sur le désastre de Sodome et Gomorrhe, nous risquons aussi de nous changer en statue de sel (cf. Gn 19,26). Il nous faut donc avancer résolument dans l'espérance, ne pas nous retourner mais regarder en avant, vers l'avenir, vers la lumière de la Résurrection qui brille au fond du tunnel.

Contrairement à ce qu'on voudrait nous faire croire en France, le religieux et le politique ne sont pas si éloignés l'un de l'autre. Bien d'autres emprunts du domaine politique à la sphère religieuse existent : pensons à la robe de l'avocat qui était celle des prêtres, mais aussi à l'usage du mot « laïc ». La religion est par définition « ce qui nous relie les uns aux autres » dans une quête de transcendance ; comment pourrait-elle être reléguée à la sphère privée ? Le politique - comme le sport ou la musique - a une dimension éminemment religieuse. Il est fait de meetings, de grands-messes qui rassemblent la polis (« cité ») et fait l'unité d'un pays, d'une culture. A l'heure des séparatismes et des tribus qui s'affrontent en autant de « chapelles », l'Evangile apparaît comme un ferment d'unité. Puisse l'Eglise, Corps du Christ, être fidèle à cette mission qui lui est confiée, et ne pas se voir fragmentée elle aussi par le péché qui divise.

Fr. Columba