27° dimanche du TO (A) Mt 21, 33-43

« Voici l’héritier, venez ! tuons-le et nous aurons son héritage ! » Nous en avons la triste expérience, rien de tel qu’un héritage pour mettre la division dans une famille, pour détruire la fraternité.

Hier, notre pape François est allé à Assise, ville du Poverello pour signer et publier sa lettre sur la fraternité. Nous pouvons parier qu’il nous y livre le fond de son cœur, lui qui ne cesse de promouvoir la fraternité dans l’église, dans la société, entre les nations et les diverses traditions spirituelles. Avez-vous déjà écouté l’angélus du dimanche place saint Pierre à Rome ? Avez-vous remarqué que François commence toujours par nous saluer en disant « carissimi fratelli e sorelle, buon giorno ! », « chers frères et sœurs, bonjour ! » il ne dit pas « chers fils et chers filles ! » bien qu’il soit le « Pape », le père.

Les plus anciens parmi nous se rappellent peut-être qu’autrefois les curés commençaient toujours leurs sermons en disant « Mes bien chers frères ! »

Ce nom de frères est constitutif de l’église qui, dès l’origine, est une communauté de frères. C’est Jésus lui-même qui a donné ce nom à ceux qui l’écoutent et le suivent. La lettre aux Hébreux nous dit que Jésus « n’a pas honte de nous appeler ses frères ».

Depuis ses origines, la République rêve de « fraternité » et l’a gravée sur le fronton des édifices publics. Mais historiens et philosophes nous ont fait remarquer depuis quelque temps que si la République avait apporté un peu plus de liberté et d’égalité, elle a complètement échoué à établir la fraternité !

Si vous demandez à un religieux ou à une religieuse de vous expliquer ce qu’est la fraternité, ils vous répondront « venez et voyez ! » et vous serez ébahis de découvrir dans leurs communautés des chamailleries, des jalousies, des petites vacheries et vous demanderez : « c’est cela la fraternité ? » Dans sa règle, saint Benoît nous exhorte à supporter avec patience les infirmités physiques et morales les uns des autres. Etre frères et sœurs, avant d’être joyeuse allégresse, est patience, persévérance et fidélité avec l’assaisonnement de la miséricorde où l’huile prévaut sur le vinaigre. Jésus lui-même se plaint de ses disciples qu’il a choisis : « Jusques à quand devrais-je vous supporter ? » Jusqu’à la dernière heure, l’heure de la sainte Cène, nous les voyons encore se chamailler !

Passer peu à peu de la fraternité humaine à la fraternité divine. La fraternité est un don, une grâce. C’est l’arbre de la Croix qui fructifie. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ! et ceux qu’on aime ne sont ni moins, ni plus parfaits que nous ! En Jésus, Dieu s’est fait notre frère et notre ami et il veut nous attirer dans sa fraternité, plus exactement dans sa communion. Qu’est-ce que la vie chrétienne sinon accueillir notre frère, accueillir Jésus qui désire vivre avec nous ? « J’étais étranger et vous m’avez accueilli » Jésus est le premier immigré ! Jésus a quitté l’espace divin pour venir parmi nous en étranger et il a accepté d’être rejeté comme étrange. Mais, rejeté, il nous dit cette parole fraternelle : « Aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis ! »

A chaque eucharistie dominicale, Jésus nous réunit, réunit ses frères et nous fait passer peu à peu de la fraternité humaine à la communion divine. Nous lui offrons notre fraternité et il nous offre la communion à sa divinité par l’offrande de son corps et de son sang. Par cette communion, Jésus nous offre de devenir ferments de fraternité divine au cœur de notre monde. Nous ne sommes plus des étrangers et des pèlerins mais les concitoyens des saints, nous sommes l’Eglise de Dieu, le cœur ouvert de Dieu, la Jérusalem dont les portes restent ouvertes jour et nuit. Je ne sais pas s’il y a une tenue républicaine, mais il y a une tenue chrétienne à laquelle nous devrions être reconnaissables : « l’amour de Dieu répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous est donné. »

Fr. Pierre