Jésus Christ Roi de l'Univers Lc 23, 35-43

L'évangile entendu à l'instant est comme l'histoire d'une promesse que l'homme condamné par sa propre violence et celle des hommes peut connaître la délivrance et le rétablissement par la miséricorde de Dieu. La parole de Jésus au bon larron est une parole de délivrance personnelle où le Fils de Dieu sépare le pécheur repenti d'une masse pécheresse.

Cette masse apparaît sous un aspect social avec le peuple et religieux avec ses chefs et sous un autre, militaire avec les soldats. C'est une masse qui décline un certain pouvoir dans sa forme temporelle et spirituelle ; mais une masse anonyme, animée de l'instinct grégaire propre à ce genre de rassemblement.

À cette masse sans visage correspondent, en quelque sorte, trois personnes portant chacune une parole. L'une reste solidaire de la masse en tournant avec elle Jésus en dérision, tandis qu'une deuxième reconnaît l'innocence de Jésus à l'aune de sa culpabilité et accepte la justice de la masse anonyme. Cependant, la deuxième entre dans une espérance car la troisième personne, Jésus,  lui annonce le paradis.

Quel enseignement recevoir de la part de Dieu dans cette scène ?  La masse anonyme manifeste une violence gratuite, une justice des hommes corrompue ou aucune distinction entre coupable et innocent n'est faite. Nous en avons l'illustration toujours actuelle de par l'histoire des hommes à travers le monde.

Cette scène évangélique est comme l'épiphanie inversée d'une obscurité de l'homme dont le cœur est enténébré à la fois dans sa masse et dans sa singularité.

Le bon larron, au contraire, dans sa demande à Jésus et dans la réponse de ce dernier, est l'épiphanie d'une promesse de justice divine qui délivre du jugement inique. Le bon larron porte une parole d'espérance au sein d'une profonde déréliction et d'un échec abyssal qui, pourtant, échouent à l'engloutir complètement parce que, justement, une lueur jaillit du fond des ténèbres dans la parole du Fils de Dieu pour lui.

En effet, cette parole lumineuse d'espérance laisse entendre une issue insoupçonnée. La parole de Jésus libère le bon larron. Elle brise la fatalité et dilue la violence. Ainsi, même le plus vil des hommes, condamné pourtant à juste titre, peut encore attendre quelque chose.

 Et c'est bien ce qui doit nourrir notre quotidien. Car la justice de Dieu est plus forte que la justice des hommes. La justice de Dieu est sans commune mesure avec les jugements des hommes. Car la justice de Dieu, c'est la résurrection du Juste, le Seigneur, qui accomplit toute justice par sa victoire sur la mort.

 Mais l'accomplissement de cette promesse de paradis ne peut s'affranchir d'un désir tendu vers celui qui l'annonce.   Elle demande la participation d'un cœur repenti et abandonné qui s'engage dans le combat spirituel pour changer et se convertir. C'est-à-dire, d'opérer le passage d'une croix, signe de malédiction et de condamnation à une croix, signe pascal et de bénédiction. Ce déplacement n'est jamais évident. Il demande de convertir son regard et son cœur sur les évènements douloureux de nos vies et du monde pour y trouver la place d'une espérance plus forte que toutes les tragédies. Ce déplacement exige de toujours s'arracher à une masse moutonnière mue par ses plus bas instincts et de déjouer ses pièges par la force du Crucifié.

 Ainsi, réduit à l'extrême limite de ses forces, le bon larron pose un acte de foi décisif et ultime qui transforme sa vie de brigand et le libère de son passé criminel.

Frères et sœurs, aucun jugement des hommes ne pourra jamais enfermé quiconque se tourne vers le Christ. Car le jugement du Roi de l'univers l'emporte par sa justice, sa vérité et sa miséricorde sur tout jugement humain. Mettons notre foi en celui qui a été un roi tourné en dérision, mais qui tient désormais dans sa main le sceptre de sa justice royale et universelle parce qu'il est le Christ ressuscité, Roi de l'univers et dont la parole a force de loi et de salut. Amen.

Fr. Nathanaël