7° Dimanche du Temps Pascal (B) Jn 17, 11b-19

Frères et sœurs, avons-nous peur du monde ?
Si quelques optimistes disent que nous vivons une époque formidable, d'autres diront que le monde est hostile.
Alors certains s'accommodent de l'isolement et de l'individualisme.
Des croyants se désoleront que le monde est athée.
Des chrétiens voudront se garder d'un monde malsain.
Le monde ne peut pas changer, diront certains, et ils deviendront complices de la médiocrité.
D'autres s'installeront dans une contre-culture, voulant créer le club des purs.
Mais en ne se confrontant plus à l'adversité, ils ne témoigneront plus de rien.

Oui, vivre au monde n'est pas simple.
Nous venons de l'entendre à l'instant dans l'évangile de ce jour, Jésus lui-même le reconnait lucidement dans la prière à son Père quand il lui parle de nous : « Le monde les a pris en haine parce qu'ils n'appartiennent pas au monde. »
Cependant il lui précise : « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde. »
Même si par son Ascension le Christ nous montre que nous sommes faits pour la gloire du ciel, il rappelle que, pour l'heure, notre place est bel et bien dans ce monde : « De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. »

Alors, finalement, quelle posture prendre, frères et sœurs ?
Certainement pas jouer les «inadaptés à ce monde».
Soyons-en convaincus, le Seigneur ne nous protège pas par l'extérieur.
Il nous garde de l'intérieur.
Il nous donne une colonne vertébrale, pas une carapace.
En effet, c'est cette colonne vertébrale qui fait que nous aimons, que nous restons joyeux et que nous cherchons la vérité.
Or, cette colonne vertébrale, c'est l'Esprit Saint.
C'est par lui que le Seigneur nous garde de l'intérieur, pour nous rendre capables de nous risquer vers l'extérieur, vers toute adversité ou vers tout appel.
« Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en Dieu et Dieu en nous : il nous a donné part à son Esprit ».

Frères et sœurs, nous engager dans le monde, c'est vivre notre histoire.
C'est prendre part à l'histoire du monde en nous y tenant de plain-pied mais portés par l'Esprit Saint.
«L'histoire est une mystique, une marche vers Dieu», disait Giorgio La Pira, ancien maire et député de la ville italienne de Florence, très investi auprès des pauvres et soucieux du bien commun. Cet homme politique dont la cause de béatification est en cours, il est d'ailleurs Vénérable, Giorgio La Pira faisait partie du Tiers-Ordre dominicain. Il était donc un chrétien laïc avec une vie spirituelle très forte, très enracinée dans la méditation régulière de la Parole de Dieu, une vie spirituelle qu'il essayait de garder solide pour tenir sa place, précisément, dans ce monde et y rayonner de la prévenance de Dieu.

Ne l'oublions pas, vivre au monde est notre première expérience mystique si nous désirons que l'Esprit Saint soit notre mouvement intérieur, notre gouvernail dans l'histoire de l'humanité. Ainsi marchons-nous vers Dieu en empruntant sans état d'âme la terre des hommes.

Entre l'Ascension et la Pentecôte, nous voici dans une neuvaine pour demander à Dieu son Esprit saint. Cependant nous ne demandons rien qui nous soit extérieur. Nous demandons au Seigneur de réveiller en nous ce qu'il a déjà donné et qui est si intérieur à nous-mêmes : l'Esprit créateur, l'Esprit d'amour, l'Esprit de liberté, l'Esprit de joie, l'Esprit de vérité ...

Alors, frères et sœurs, avons-nous peur du monde ?
Non, car l'Esprit saint est notre vie. La Lettre de saint Paul aux Romains l'affirme avec force : « L'Esprit de Dieu habite en nous ! »

Le récit du choix de Matthias pour remplacer Judas et donc pour garder douze apôtres, » entendu dans la première lecture, ce récit montre combien les chrétiens croient l'Esprit présent à la vie de l'Église en ce monde. Toutefois, à nous de redire que nous voulons qu'il agisse en nous, qu'il soit notre véritable guide.

Aussi, lorsque nous prierons durant cette semaine de préparation à la fête de la Pentecôte : « Viens Esprit de sainteté !», comprenons que nous disons : « Ô mon être, fais confiance, agis par l'Esprit que Dieu t'a donné ! Ô mon Dieu, agis par moi pour que je vive en ce monde en faisant le bien. »

Amen ! Alléluia !

Fr. Benoît-Marie