Décès du P. Athanase (Charles) Renoux
Ce lundi matin 2 février 2026, fête de la Présentation de Jésus au Temple,notre frère Athanase (Charles) Renoux est parti à la rencontre de son Seigneur. Il était âgé de 100 ans. Les obsèques ont eu lieu samedi 7 février à 10h, à En Calcat.
Homélie des obsèques du P. Athanase (Charles) Renoux :
Lectures : 1 R 3, 4-13 ; Mc 6, 30-34
Frères et sœurs, quand on pense au P. Athanase, une image s'impose presque spontanément : celle d'un moine assis à sa table de travail, penché sur ses notes et ses livres, le regard fixé sur l'écran où prenaient forme ses articles et ses livres. C'était là, dans ce coin de notre bibliothèque que certains appelaient affectueusement l'« Athanasium ». Pour lui, lire n'était jamais un simple exercice intellectuel. C'était une quête spirituelle : chercher la vérité des premiers siècles, retrouver l'histoire vivante de l'Église, faire résonner des voix anciennes pour éclairer notre aujourd'hui. Ses recherches sur les manuscrits arméniens, géorgiens ou albaniens, ses travaux sur l'hymnographie antique ne témoignaient pas seulement d'une érudition, mais d'une passion sans relâche pour la Source. Ce travail nourrissait sa foi, sa passion pour Dieu.
La première lecture, que nous avons entendue, nous montre le roi Salomon au début de son règne. Il est jeune, il se sait petit, et il ose demander quelque chose d'essentiel : « un cœur qui écoute », un cœur intelligent et sage, capable de discerner, de comprendre. Salomon ne demande ni la richesse ni la gloire, mais l'intelligence. P. Athanase a reçu de Dieu ce don d'intelligence et il l'a mis, avec une humilité constante, au service de l'Église et de la science. Il n'a jamais cherché le paraître ou l'admiration académique, mais la vérité des textes et la fidélité à ce que l'Église primitive a reçu et transmis. Pour lui, l'intelligence n'était pas seulement une question de connaissances. C'était une manière de prier : il cherchait à lire, au-delà des mots, le mystère même de Dieu, il cherchait à percer l'écorce des mots pour atteindre le cœur de Dieu, celui qu'il aimait et dont il se savait aimé.
Cette quête de Dieu allait de pair avec une grande ténacité. Année après année, P. Athanase est retourné en Arménie et en Géorgie, toujours aux mêmes sources, aux mêmes manuscrits, avec la patience de celui qui sait que le Mystère ne se livre pas d'un coup. Il acceptait la lenteur, les résistances du texte. Il savait que ce qui est ancien, demande du respect et de l'humilité.
Cette patience du chercheur rejoignait celle du moine. Comme il soignait encore il y a quelques années les allées du parc de l'abbaye, il déblayait les sentiers de l'histoire liturgique pour que nous puissions y marcher plus sûrement. Il y avait une unité profonde entre sa main qui maniait l'outil au jardin et celle qui traduisait les hymnes : c'était toujours le même labeur de l'ouvrier de Dieu.
Dans l'Évangile, Jésus dit à ses disciples fatigués : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » Mais ce repos est aussitôt traversé par la rencontre de la foule, et Jésus se remet à enseigner longuement. Notre P. Athanase a vécu ce balancement. Son « lieu à l'écart », c'était sa vie de moine, rythmée par la cloche et la prière communautaire. À la fin de sa longue route, quand l'esprit s'embuait et qu'il ne pouvait plus se concentrer sur ses chers manuscrits, il venait ici, dans cette église, hors des offices. Il restait là, en silence. Ce n'était plus le temps de l'étude, mais celui de la pure présence. C'était son véritable repos, son apaisement dans les bras du Seigneur.
Jusqu'à presque son dernier souffle, il est resté ce moine enthousiaste. Son célèbre « absolument » n'était pas un simple tic de langage, mais l'expression d'une adhésion joyeuse à la vie, à la communauté et au Christ Ressuscité.
Au terme de sa longue route, notre P. Athanase a franchi le seuil de la grande Bibliothèque du Ciel. Le voile des vieux parchemins se lève enfin pour laisser place à la vision claire : il contemple désormais le Visage de Celui qu'il a tant cherché à travers les textes. Il n'a plus besoin de dictionnaire pour comprendre la langue de l'Amour. À l'invitation du Maître qui lui dit : « Viens te reposer pour toujours », nous l'entendons d'ici nous répondre, avec ce sourire rayonnant et serein que nous connaissions bien, son « Amen » final, son « Oui, Seigneur ! Absolument ! »
fr. Maximilien
Un article du P. Athanase Charles Renoux : "Le Christ dans quelques textes du rite arménien"

