Décès du fr. Thomas (Louis) Romieu
Ce samedi soir 6 juin 2026, pendant les Vigiles du Saint Sacrement, notre frère Thomas (Louis) Romieu est parti vers la maison du Père. Il était âgé de 95 ans. Ses obsèques auront lieu jeudi 11 mai à 10h à En Calcat.
Homélie de la Messe des obsèques
- Lectures : Is 25, 6a.7-9 ; Jn 6, 51-58
« Ne rien préférer à l'amour du Christ. » (RB 4, 21) Parmi les nombreux conseils que saint Benoît adresse à ses moines, celui-ci est sans doute le plus important. Il résume toute la vie monastique. Il résume même toute vie chrétienne. Car à travers la diversité des vocations, des caractères et des lieux, une seule question demeure : qu'avons-nous préféré au cours de notre vie ? Qu'avons-nous aimé par-dessus tout ?
Les lectures que nous venons d'entendre nous conduisent précisément au cœur de cette question. Dans l'Évangile selon saint Jean, Jésus se présente comme le pain vivant descendu du ciel. Il ne donne pas seulement un enseignement ; il se donne lui-même. La vie chrétienne ne consiste pas d'abord à connaître des vérités sur Dieu, mais à entrer dans une communion toujours plus profonde avec le Christ vivant. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. »
Saint Benoît a construit toute sa Règle autour de cette demeure mutuelle. Le moine est celui qui cherche Dieu. Non pas un Dieu lointain, mais un Dieu proche, intime, rencontré dans les activités très concrètes de la vie quotidienne : dans l'Écriture Sainte méditée jour après jour, dans la liturgie célébrée avec les frères, dans l'obéissance, le travail, l'accueil, les services de la communauté, dans l'oraison et la prière personnelle. Toute la vie monastique est une école où on apprend progressivement à ne rien préférer à l'amour du Christ.
Le prophète Isaïe nous montre aujourd'hui l'aboutissement de cette recherche. Il contemple le festin préparé par Dieu pour tous les peuples. Il annonce le jour où le voile sera déchiré, où la mort sera détruite et où les larmes seront essuyées de tous les visages. Cette promesse habite toute la tradition monastique. Le moine renonce à beaucoup de choses non parce qu'il mépriserait ce monde, mais parce qu'il attend un bien plus grand : la rencontre définitive avec le Seigneur, avec son amour, cette rencontre que le prophète Isaïe imagine comme un festin.
Ce festin n'est pas seulement une image de l'au-delà. Il prend corps dès ici-bas, dans l'Eucharistie que nous célébrons. Notre frère Thomas s'est nourri du Corps et du Sang du Christ pendant toute sa vie monastique (et bien avant). Le Seigneur l'a appelé à lui pendant les Vigiles du Saint-Sacrement. Il l'a appelé à vivre ce que l'Eucharistie anticipe et promet : la participation à la vie trinitaire, la communion sans voile avec le Père, le Fils et l'Esprit Saint.
Durant soixante-quinze années de sa vie comme moine, fr. Thomas a cherché Dieu avec persévérance. Il l'a cherché dans l'étude de l'Écriture qu'il aimait passionnément (d'ailleurs, à Rome, il était dans la même promotion que l'auteur bien connu aujourd'hui : Anselm Grün). Il l'a cherché dans la liturgie : il ne ratait aucun office (sauf une vraie impossibilité). Il l'a cherché dans les multiples services qui lui étaient confiés, dans les tâches les plus humbles comme les plus importantes. Il l'a cherché aussi dans l'observance quotidienne dont il était un modèle incontestable, et libre en même temps. Il l'a cherché dans son attention à l'autre, avec le souci constant de « ne pas déranger » et de ne pas se mettre en avant.
On disait de lui qu'il était « très de communauté », cette communauté qu'il connaissait et aimait tant, et qui a son tour lui accordait une confiance durable et l'estimait beaucoup. Par sa personnalité, son cœur, son intuition et son intelligence, il a contribué à la construction de la communauté, surtout dans les années un peu agitées après le Concile Vatican II, mais pas seulement. Beaucoup d'entre nous garderont aussi le souvenir de sa mémoire étonnante de l'histoire de la communauté (et de sa famille) et de son humour, souvent pinçant et espiègle, mais juste.
Pour nous qui restons en chemin, cette célébration de l'Eucharistie est aussi un appel. La mort d'un frère nous renvoie à notre propre vocation. Que cherchons-nous ? Qu'aimons-nous ? À quoi donnons-nous notre vie ? Saint Benoît nous redit aujourd'hui : « Ne rien préférer à l'amour du Christ. » Tout le reste passe. Les responsabilités passent. Les œuvres passent. Les souvenirs eux-mêmes s'effacent. Seul demeure l'amour reçu de Dieu et rendu à Dieu.
Alors, demandons au Seigneur la grâce de persévérer dans cette recherche jusqu'au jour où nous pourrons dire, avec les paroles du prophète Isaïe : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c'est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! »
fr. Maximilien
