Carême : sortir de la m*rdification

C'est un scénario en trois actes :
Acte 1 : sur internet un service arrive, gratuit, simple, génial - on l'adore.
Acte 2 : on commence à voir apparaître des pubs, des options payantes, des réglages compliqués - on râle mais on reste.
Acte 3 : tout devient confus, saturé, envahissant ; on a l'impression d'être la marchandise plutôt que le bénéficiaire du service.
Voilà, ce que Cory Doctorow appelle (excusez-moi l'expression, mais elle vient de lui) la m*rdification (enshittification). C'est le moment où ce qui avait été conçu pour nous servir se met peu à peu à nous utiliser. Et si on est honnêtes, nos vies suivent parfois le même chemin : on commence enthousiastes, puis on surcharge, puis on s'étonne d'être épuisés.

Le Carême nous propose l'exact inverse. Au lieu d'ajouter une fonctionnalité spirituelle premium, il enlève, il désinstalle, il ferme quelques onglets intérieurs. Jean Cassien parle de la « pureté du cœur », un cœur unifié, non dispersé, libéré des pensées qui s'imposent comme des publicités intérieures, « intact à tout mouvement de passion ». Et S. Benoît, dans sa Règle met en place une écologie concrète de l'existence : stabilité, mesure, rythme, silence, sans abonnement premium, gold ou platinum « sainteté + ».

Les quarante jours du Carême peuvent devenir un temps de nettoyage de nos vies de ce qui la « m*rdifié ». Moins « toujours plus », plus « assez ». En choisissant le jeûne plutôt que la consommation, et le silence plutôt que le surf hypnotique sur la toile, on reprend le contrôle de notre interface intérieure. On redécouvre la joie de l'espace, cet espace où Dieu nous aime sans nous exploiter. Sa grâce est le seul service qui restera éternellement gratuit, illimité et sans publicité. Alors, en ce Carême, passons de la m*rdification à la MERCIfication.