Vendredi saint 10 avril 2020 La Passion selon saint Jean

Écoutant les récits de la Passion, le cœur de l’Évangile, comment ne pas être frappé par la place énorme qu’y tiennent les procès ?

Les premiers chrétiens ont regardé en face le jugement des hommes qui avait frappé Jésus : jugement d’une injustice criante. Pourquoi ont-ils voulu dire si fort ce déni de justice ? Non pas pour faire entendre raison, longtemps après, aux Juifs qui les entourent. Ni aux Romains. Seulement pour faire entendre raison aux disciples de Jésus, à ceux qui voudraient devenir disciples de Jésus, à nous.

Que disent ces textes de la justice ? Rien. Un blanc complet. Pas une fois les mots « juste », « injuste », « justice ». Rien de la justice, aucune illusion sur la justice ! Il n’en a justement jamais été question.

Frères, nous sommes tous et chacun assoiffés de justice et c’est bon, c’est une « béatitude » : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ». Mais laquelle ? Justice pour les autres parfois. Mais d’abord et toujours justice contre les autres et pour nous-mêmes. Surtout quand la pression monte, quand je me sens accusé. J’ai vitalement besoin, quand je me place devant les autres, et devant moi-même, d’être reconnu juste, d’être justifié, et je n’arrive presque jamais à sortir d’une posture de justification : ‘c’est parce que… c’est à cause de cette situation… c’est lui, c’est elle… c’est pas ma faute… je ne peux pas faire autrement, j’y peux rien…’

Celui que l’évangile voudrait faire taire en chacun de nous, outre celui-là qui se justifie sans cesse, sans y arriver, c’est le terrible justicier, l’indigné impitoyable qui entend réclamer des comptes à tout le monde, à ses subordonnés tout autant qu’à ses supérieurs, à ses fournisseurs et à ses clients, à ses gouvernants et au moindre rond de cuir qui a mis ici sa signature, et même à son médecin et à tout soignant qui aura fait la moindre erreur, ou à ses parents, ou à ses enfants ingrats…

Procès impitoyable procès qui n’en finit pas de mener le monde à sa ruine, dont nous sommes les Pilates dérisoires, y compris quand nous nous en lavons les mains, laissant à d’autres le sale boulot, la tâche surhumaine de juger, de condamner ce qui doit l’être.

Il ne s’agit pas de s’en culpabiliser, il s’agit de voir que l’évangile est écrit pour nous emmener ailleurs que dans ce type de comportement :

Où nous emmène l’évangile de la Passion ? À quelle attitude active ?

Au regard.

Regard de Jésus.

Regard vers Jésus.

Jésus a vu l’injustice des hommes, mais il a regardé leur malheur : « ils ne savent pas ce qu’ils font ». Le regard vers Jésus, vers la croix doit me transformer, inlassablement, ou alors je ne deviendrai jamais disciple de Jésus. Seigneur, fais que mon regard ressemble au tien, me permette de reconnaître le malheur avant de cibler l’injustice. Ce regard, c’est ce que nous appelons le « respect », fais qu’il devienne toujours plus inconditionnel.

frère David