Sainte Trinité (A) Jn 3, 16-18

Frères et sœurs, il y a quelque temps, un frère m’a raconté un rêve qu’il a eu : il conduisait une voiture, et en même temps il était un passager, une fois à côté du chauffeur, une fois derrière lui. Et il m’a dit : « j’ai trouvé ça tout à fait normal. » Trois personnes dans une voiture, un chauffeur et deux passagers, et pourtant, c’est la même personne. Ce n’est possible que dans les rêves… ou dans le christianisme. En effet nous croyons en un seul Dieu en trois personnes, nous croyons en la Trinité.

Expliquer le mystère de la Trinité, c’est un casse-tête des théologiens depuis toujours. Je citerai juste S. Éphrem le Syrien qui, au IV°s., a composé un bel hymne sur la Trinité. Voici deux premières strophes (sur 21) :

1. Prends donc comme symboles

le soleil pour le Père

pour le Fils, la lumière,

et pour le Saint-Esprit

la chaleur.

2. Bien qu’il soit un seul Être,

c’est une Trinité

que l’on perçoit en lui.

Saisir l’inexplicable,

qui le peut ?

Certes, le mystère de la Trinité dépasse les capacités de notre langage, de notre intelligence. Et on pourrait se demander : « pourquoi chercher à comprendre ? Qu’est-ce que cela change dans ma vie, le fait que Dieu est Trinité ? En quoi cela peut-il me rendre heureux ou plus heureux de savoir qu’il y a un seul Dieu en trois personnes ? »

Je pense qu’il y a une corrélation entre notre image de Dieu et notre vie, entre notre réponse à la question « qui est Dieu pour moi ? » et la réponse à la question « comment je vis ? ». Chercher à comprendre qui est Dieu, méditer son mystère n’est pas juste un exercice intellectuel (réservé aux théologiens) ; cela forme notre vie, lui donne une direction, un contenu, un sens. P.ex. si Dieu est pour moi comme un bloc de marbre, froid et insensible, il y a peu de chances que je me sente heureux dans la vie. Mais la Bonne Nouvelle d’aujourd’hui, ce que Dieu est relation d’amour à laquelle chacun de nous est invité, à laquelle chacun de nous peut participer.

La Trinité, c’est la vie. Elle est la vie d’amour entre le Père et le Fils dans l’Esprit Saint. Notre Dieu n’est pas un être solitaire, lointain, qui nous a créé parce qu’il manquait d’amour ou parce qu’il s’ennuyait dans son ciel. Avant de nous créer, avant de créer l’univers, il y a déjà une belle histoire d’amour en Dieu. Et nous, nous sommes le fruit de cet amour. Tout ce qui existe, la création toute entière (les plantes, les animaux, les montages, les étoiles, chacun de nous, etc.), nous sommes le fruit de cet amour entre le Père et le Fils dans l’Esprit Saint. Et cela change tout dans notre vie. Cela nous donne une dignité des enfants de Dieu, des enfants de la Trinité, et une certitude d’être aimé. La fête d’aujourd’hui nous invite à redécouvrir cette réalité incroyable d’être créé et aimé par l’Amour lui-même.

Jésus nous rappelle aujourd’hui que « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Quelqu’un a dit : « Dire à une personne "je t’aime", c’est lui dire "je veux que tu vives éternellement". » C’est ce que souhaite pour nous le Seigneur. Il nous a créé éternels. Et la vie éternelle, le salut, c’est faire partie de la Trinité, c’est manger à sa table, c’est entrer dans son écosystème, l’« écosystème même de l’amour », c’est participer au partage d’amour absolument gratuit et libre qui circule entre le Père et le Fils dans l’Esprit Saint.

Vous me direz peut-être : « C’est un peu abstrait et lointain, tout ça ». Oui, ça pourrait, sauf que nous pouvons participer concrètement à cet écosystème de l’amour de Dieu trinitaire, déjà ici-bas. Et c’est cela d’ailleurs qui nous rend heureux. Ce sont des relations d’amour, d’amitié, de fraternité, sans possessivité, sans domination, qui nous rendent heureux. Bien sûr, c’est un chemin, un combat parfois, avec des hauts et des bas, parce que, comme des Israélites dans le désert, nous avons parfois « la nuque raide ». Mais c’est aussi un chemin de la sainteté à laquelle nous sommes tous appelés, un chemin de la communion avec la Trinité. C’est cela, le sens de la vie chrétienne, c’est cela qui nous rend heureux.

fr. Maximilien