Sacré-Coeur de Jésus (A) Mt 11, 25-30

« Venez à moi, vous tous » : l’invitation du Christ à venir à lui est d’une largeur sans limite. Bien sûr elle s’adresse à nous qui sommes ici ce matin dans cette église, qui avons répondu à son appel et sommes venus à lui. Mais l’appel est lancé à tous, tous ceux qui peinent sous le poids du fardeau, sans aucune exception, sans limite de race, de religion, de tendance ecclésiale ou politique : il est un appel universel. « Venez à moi, vous tous ! »

Cette simple constatation nous montre qu’à proprement parler, le Sacré Cœur de Jésus n’est pas une « dévotion » comme, hélas, trop souvent nous le comprenons. La dévotion, c’est une sorte d’affinité spirituelle avec un aspect du mystère, affinité que l’on ne peut imposer aux autres comme obligatoire : chacun sa sensibilité, respectable. Nos prières sont légitimement teintées de toutes sortes de dévotions. Le passage d’évangile qui nous est donné aujourd’hui en cette solennité du Sacré Cœur ne nous dit pas que l’invitation à s’approcher du cœur du Christ soit facultative : elle est générale et impérative. Elle n’est pas de l’ordre de la dévotion.

Alors, qu’est-ce qui nous gêne quand nous sommes gênés ? Serait-ce le terme qui nous paraît un peu désuet ? Les représentations picturales XIXe ? Alors cherchons derrière les mots, derrière l’esthétique plus ou moins heureuse la réalité que l’on désigne.

 Le Sacré Cœur de Jésus, ce n’est pas une chose, c’est quelqu’un, c’est le Christ lui-même dans son expression la plus profonde et la plus parfaite : le cœur dit maladroitement l’amour et c’est spontanément qu’un enfant dessine un cœur pour dire qu’il aime ; or Dieu est amour nous dit sans Jean… Ne nous étonnons pas de ce rapprochement entre le cœur du Christ est son être aimant. Si nous avons rendu le mot désuet, c’est notre faute : la réalité que désigne ce mot est immense et ne passe pas.

Manifestation de l’amour infini de Dieu dans le cœur d’un homme : voilà ce que nous célébrons aujourd’hui. Du même coup, nous confessons que le cœur d’un homme, l’intimité la plus profonde d’un homme, un jour du temps, a accueilli l’infini de l’amour divin… Mystère de l’incarnation, de l’humanisation de l’amour de Dieu. Mais ce que nous oublions de dire, c’est que, par contrecoup, le cœur de tout homme, l’intimité de chacun d’entre nous est devenu capable d’accueillir l’infini.

Jésus a vécu dans le temps des hommes la réalité de son être de Fils éternel : totalement reçu, totalement donné. Et c’est là que l’infini rejoint notre temps, notre manière d’être homme. La fragilité du Christ, notre fragilité d’hommes et de femmes, n’est pas un empêchement à l’amour parfait. C’est en vivant sa fragilité d’homme que le Christ a manifesté sa divinité. Notre fragilité, c’est donc notre unique chance pour aimer. Nous n’avons qu’une vie, nous n’avons qu’un cœur, et il s’agit d’en faire une eucharistie parfaite, infinie. Et ici, « parfaite » signifie à « chaque instant », « infinie » veut dire « sans cesse ».

Lorsqu’il marchait, priait, parlait, ou bien faisait silence, lorsqu’il guérissait, riait, écoutait, regardait, le Christ, en aimant, sauvait le monde : il savait tout recevoir de son Père et ne cessait de rendre grâces en se donnant lui-même. C’est, concrètement, l’unique chemin pour ceux et celles qui veulent être les disciples de l’homme doux et humble de cœur : tout est reçu, tout doit être rendu dans l’action de grâces, jour après jour, minute après minute… Seule la joie demeure, celle qui ne trompe pas, qui suffit et qui fait sentir au cœur la présence de Celui qui nous appelle à collaborer à l’œuvre de salut, par ce don de soi qu’est l’amour. Il n’y a rien de plus concret.

Apprenons-le de lui qui nous invite : « Venez à moi, vous tous ! »

Fr. Emmanuel