Présentation du Seigneur Lc 2, 22-40

Frères et sœurs, ce dimanche, exceptionnellement, notre messe a commencé par une grande procession.

En fait, la messe commence toujours par une procession. Dans une paroisse, c’est le prêtre célébrant qui processionne avec le diacre qui porte l’évangile et les servants qui l’accompagnent ; ici, chaque dimanche, toute la communauté des moines entre en procession.

Cette procession nous dit déjà quelque chose d’essentiel sur ce qu’est la messe, à savoir un déplacement. L’église n’est pas un lieu où nous habitons, elle n’est pas la bergerie où habite le troupeau de moutons, elle est un lieu de rencontre qui exige de chacun un déplacement.

Tel est l’un des noms les plus anciens de la fête d’aujourd’hui, toujours en usage en Orient : la « Rencontre ».

Venir à la messe n’a pas de sens si nous ne sommes pas disposés à y vivre une rencontre.

Quelle rencontre ?

Plusieurs rencontres.

Évidemment une rencontre du Seigneur.

Mais aussi une rencontre d’autres chrétiens, une rencontre ecclésiale.

Est-ce que vous vous souvenez des lectures, dimanche dernier ?

Il y avait cette grande lumière qui se levait sur le pays de Galilée, et puis l’appel des quatre pêcheurs, au bord de cette mer de Galilée. Jésus se mettait en route, et le monde allait s’en trouver transformé…

Aujourd’hui comme la semaine dernière, il s’agit d’un commencement, d’un démarrage, d’une mise en route. La messe a ce rôle, de nous aider à commencer toujours, à nous remettre inlassablement en route, à voir la nouveauté qui surgit, une lumière qui est là, qui se répand, qui se communique, alors même que pour nous, tout semble toujours tellement routinier.

Permettez-moi de revenir un instant en Galilée. Qu’est-ce que veut dire « Galilée » ?

Dans les langues sémitiques, gal, galal, c’est « rouler, s’enrouler, tourner », c’est tout ce qui roule et tout ce qui tourne, ce qui circule. La Galilée est géographiquement une plaque tournante, un carrefour et un rond-point, où se rencontrent toutes les nations. La petite mer de Galilée avec ses nombreux petits ports est le point de rencontre et d’échange entre les nations qui la bordent. À l’image de la Méditerranée. Nous oublions beaucoup trop qu’à l’époque de Jésus, la mer est synonyme de voyage, il n’y a aucune espèce d’autre moyen que la mer pour circuler un peu vite et un peu loin !

Cette Galilée, cette circulation incessante, c’est aussi ce que nous appelons la « routine » : « ça roule, ça tourne » ! C’est dans cette routine que Jésus apparaît et qu’une grande lumière se lève.

Frères et sœurs, un chrétien, le dimanche, doit toujours se souvenir que Jésus avait dit aux disciples : « quand je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée ». Le Ressuscité nous précède en venant à la rencontre des hommes là où les hommes se rencontrent, sur des plaques tournantes, des places et des ronds-points, dans des ports, des aéroports, des gares et des échangeurs, dans les JMJ et les rencontres internationales. Et chaque église chaque dimanche reste une petite Galilée, un point de rencontre et d’embarquement, où la vie doit circuler beaucoup : ce n’est pas un lieu de résidence, c’est une plaque tournante pour une heure seulement, une barque instable, inconfortable, où le Galiléen nous accueille et nous demande de l’accueillir, de l’embarquer dans notre vie.

Même quand la barque prend l’apparence, comme aujourd’hui, d’un Temple de pierre, et quand le déplacement prend la forme d’un rite conventionnel, une procession. Est-ce qu’on ne dit pas la « nef » d’une église ? Cette « nef », c’est un navire, un bateau, un vaisseau de pierre. Nous avons embarqué, pris la mer. En venant à l’église, nous confessons que nous sommes des passagers de la vie, nous ne faisons que passer, transiter.

Se rencontrent ici toutes les générations, des vieux, comme Syméon et Anne, des jeunes parents comme Joseph et Marie, et même un bébé, Jésus. Les parents sont venus confier leur enfant au Seigneur, recevoir une bénédiction, et les anciens disent clairement que cet enfant est leur avenir, celui qui va donner sens à leur vie. Il n’y a pas d’autre point fixe que la vie qui inlassablement se transmet comme une flamme, fluette et fragile.

Lors de l’eucharistie, chacun de nous présente sa vie au Seigneur, son passé, ses projets. C’est fragile, fugace, mais en retour, le Seigneur nous manifeste sa présence. Il nous précède dans nos rencontres et dans nos projets ; dans la vie, il est toujours le premier. Nous croyons lui apporter quelque chose, faire une offrande, des offrandes, mais c’est Lui qui se donne. Telle est l’eucharistie : dans le Christ, Dieu nous donne ce qu’il est lui-même, la Vie, donation vivante, capacité inlassable de donner, de se donner.

frère David