Nuit de Noël Lc 2, 1-14

Frères et sœurs, croyez-vous au Père Noël ? Aïe, aïe, aïe ! Sujet glissant s’il en est… Question délicate entre toutes car il s’agit surtout de ne pas répondre, tout simplement parce qu’il y a des enfants dans cette église. « Dis maman, qu’est-ce qu’il dit le monsieur au micro ? – Rien mon chéri. Rendors-toi ! » C’est vrai, laissons-le rêver. C’est beau le Père Noël, un peu trop beau aux yeux des grands. « Tu crois au Père Noël ? » est l’expression phare, à employer devant la naïveté de votre interlocuteur qui s’attendrait à recevoir quelque chose gratuitement, ou au moins, généreusement.

Pourtant, vraiment, c’est bien cette histoire de Père Noël : un vieux monsieur, buriné par la vie et qui n’est pas devenu amer, mais plutôt jovial et qui fait des cadeaux à des gens qu’il ne connaît même pas. Savez-vous que cet homme était évêque ? C’est, en fait, saint Nicolas qui, selon la légende sauva des enfants. Mais comme la mitre et la crosse ne convenaient plus très bien à la laïcité ambiante, et qu’on risquait de l’expulser de la place publique, on lui a retiré ses attributs et on l’a habillé de rouge, comme une bouteille de Coca-cola, pour que ce soit un peu plus vendeur. Dommage. On lui a presque tout retiré, sauf les cadeaux, les dons qu’il fait, le don qu’a fait de lui-même cet évêque, dont on a gardé trace et qui est proprement un fruit de l’Évangile.

Deuxième question. Croyez-vous au petit Jésus ? Cette deuxième question est plus sérieuse que la première. C’est une question hautement légitime. Il y a un tel folklore entourant Noël, que les images d’Épinal peuvent nous voiler la vérité de l’événement et peut-être même nous faire douter. Jésus dans sa crèche c’est presque l’histoire du Père Noël. Sauf que, si l’on a dépouillé saint Nicolas, le petit Jésus, en revanche, on ne peut pas lui enlever ses attributs, parce qu’il n’a rien, rien du tout : c’est un pauvre. Alors on a fini carrément par l’exclure de l’espace public. Crèches interdites ! Subversif, trop dangereux.

Quand je pose la question : « croyez-vous au petit Jésus ? » c’est que, pour ma part, je trouve l’histoire incroyable. Pas vous ? Vraiment incroyable. Pas cette histoire de naissance dans une étable : ça, c’est hautement crédible. N’avez-vous pas entendu parler de ces migrants qui, à l’image de Jésus, Marie et Joseph sont, malgré eux, jetés sur les routes ? N’avez-vous pas entendu parler de ces femmes qui ont accouché dans des conditions extrêmes, sur les chemins ou sur des radeaux de fortune. Penser que l’Évangile en rajoute, c’est être aveugle sur la condition de l’humanité souffrante, aujourd’hui comme hier. Seule une minorité dans le monde peut se permettre d’accoucher dans des conditions d’hygiène tout-à-fait satisfaisantes, en milieux hospitalier. Donc, la naissance dans une étable d’un enfant dont les parents sont en déplacement forcé, ça c’est crédible.

Alors qu’est-ce qui est incroyable dans cette histoire ? C’est, tout simplement, qu’on en parle et qu’on en parle encore depuis deux mille ans. Parce qu’en général, ce qui arrive aux pauvres, ça n’intéresse personne. Au matin du 25 décembre de l’an zéro, de quoi les médiats, s’ils avaient existé, auraient-ils parlé ? Ils auraient certainement consacré leur une à la décision impériale de lancer un recensement universel, aux bouchons à l’entrée de Jérusalem causés par l’événement, mais certainement pas à la naissance d’un enfant chez un couple en voyage, ni à des bergers qui veillaient sur leurs bêtes pendant la nuit. Les projecteurs de l’actualité auraient éclairé la décision de l’empereur, sa mise en œuvre par le gouverneur Quirinius, comme aujourd’hui les médias nous parlent des rencontres au sommet des chefs d’États des pays les plus riches du monde, des élections aux États Unis ou du Brexit.

L'Évangile éclaire autrement la réalité ; sa lumière se concentre sur un groupe de bergers : « La gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière » écrit saint Luc. Voilà les projecteurs divins. Le regard se focalise aussi sur un bébé qui vient de naître : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». La lumière de Noël est une autre lumière que celle qui nous éblouit et nous fascine dans les journaux, à la télé ou sur YouTube. Elle est tout sauf bling-bling. Et ça, c’est proprement incroyable.

Proprement incroyable car l’Évangile nous dit que Dieu est précisément là. Là où on n’aurait pas le réflexe de regarder, de chercher. Dieu sans grandeur apparente et sans moyens. Voilà la vraie lumière, cet enfant donné par Dieu et qui veut briller pour chacun de nous. Alors emportez-la cette Lumière frères et sœurs, ne partez pas sans elle, car elle veut réchauffer nos vies. Accueillez-la dans vos mains qui vont recevoir en cette Eucharistie le Corps du Seigneur, à la manière dont la mangeoire a accueilli l’enfant. Accueillez-la cette Lumière, à la porte de votre cœur pour éclairer au-dedans vos pensées, vos désirs, vos projets et pour éclairer au-dehors toutes vos relations.

Cette Lumière véritable, cette Lumière incroyable, c’est Jésus : Bonne Nouvelle, grande joie pour tout le peuple ! Qu’il éclaire et réchauffe nos vies !

Joyeux et Saint Noël à tous !

Fr. Emmanuel