Le Saint Sacrement (A) Jn 6, 51-58

Frères et sœurs, vous avez vécu durant le confinement quelque chose d’inouï : plus d’assemblée célébrante, plus de sacrements, qui plus est au moment du Triduum Pascal. Est-ce que ce tremblement de terre pourrait permettre à du neuf de surgir ? Parce que vous avez fait l’expérience du Christ durant ces longues semaines. Vous n’avez pas été privés du Christ, vous n’avez pas été privés de Sa présence.

Il y a déjà la joie d’être rassemblés par le Christ : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20). Le Ressuscité est là, avant que la messe ne commence, dans le silence de l’église, dès que nous sommes deux ou trois. Le Christ est là dans nos salutations chaleureuses à la sortie de la messe sur le parvis – avec les gestes-barrières –.

Car, frères et sœurs, nous formons le Corps du Christ ; rien de moins ! « Vous êtes le corps du Christ et vous êtes ses membres » écrit saint Paul aux chrétiens de Corinthe (1 Co 12, 27). Une expérience à vivre désormais plus intensément, puisque nous la revivons de manière neuve. Deux ou trois réunis au nom du Christ, le Christ est là. Et si nous étions passé à côté de cela ? Bienheureux confinement qui nous le refait découvrir !

Ainsi nous formons le Corps du Christ et nous communions sacramentellement au Corps du Christ. Quelqu’un me disait récemment : ce qui m’a manqué, c’est de ne pas pouvoir prendre l’hostie. Heureusement, j’avais un masque ... qui a caché en grande partie la stupéfaction de mon visage. Car communier n’est pas seulement un acte individuel. Nous formons ensemble le Corps du Christ et nous communions sacramentellement au Corps du Christ. Et ceux qui ne peuvent pas communier font partie du Corps du Christ et sont invités à s’avancer pour recevoir une bénédiction et communier par le désir. Cette joie se voit dans leur regard et leur sourire, au moment de la parole du prêtre ou du diacre. La communion de désir, frères et sœurs, vous l’avez vécue pendant combien de dimanches ?

Je disais : communier n’est pas seulement un acte individuel ; ce n’est peut-être même pas d’abord un acte individuel. Sinon, quand on a communié, on peut s’en aller, et on ne rencontre ainsi personne à la sortie. Mais non, nous sommes venus nous unir au Corps du Christ que nous formons et "ensemble-chacun" nous communions sacramentellement. Nous recevons dans un sacrement le Corps du Christ que nous formons. Comme c’est grand et comme c’est beau ... bienheureux confinement qui nous a fait en reprendre conscience !

Et puis il y a la grande découverte ou redécouverte de la Parole de Dieu comme sacrement de la présence du Christ Ressuscité. Le Pape François a instauré depuis janvier dernier, une fois par an, le dimanche de la Parole de Dieu. Eh bien, frères et sœurs, vous avez vécu de cela pendant tout le confinement. Vous avez vécu de la Parole de Dieu comme sacrement de la présence du Ressuscité. Et comme elle n’est pas un pis-aller à la communion sacramentelle quand elle est impossible, il faut continuer de vivre et de la Parole de Dieu comme sacrement de la présence du Ressuscité et de la communion sacramentelle au Corps du Christ.

Avez-vous remarqué, frères et sœurs, que la messe se termine assez brusquement après la communion eucharistique. C’est que nous sommes renvoyés : allez ! Allez, certes, dans la paix du Christ, mais allez ! Aller quoi faire ? vivre du Christ et de Sa présence.

« J’avais faim et vous m’avez donné à manger … j’étais un étranger et vous m’avez accueilli … j’étais malade et vous m’avez visité … chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 31 – 46).

De sorte que, ayant vécu de la présence du Christ depuis avant la messe, nous avons accueilli Sa présence dans la Parole et dans la communion sacramentelle, et nous sommes envoyés à vivre de Lui et à Le rencontrer tout au long de la semaine.

Toutes ces présences, c’est la promesse de Jésus au moment où il monte vers le Père : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20) : c’est l’Évangile de l’Ascension en cette année, c’est la dernière phrase de l’Évangile de saint Matthieu. Et c’est vrai ...

Toutes ces présences sont des présences réelles. Saint Paul VI écrit dans une encyclique à propos de l’Eucharistie – et c’est repris dans le Catéchisme de l’Église Catholique au n° 1374 – : « Cette présence [dans l’Eucharistie], on la nomme "réelle", non à titre exclusif, comme si les autres présences n’étaient pas "réelles", mais par excellence parce qu’elle est substantielle … ».

Un de nos rituels dit : « dans le sacrement de l’eucharistie, d’une manière absolument unique, se trouve le Christ entier, Dieu et homme, d’une manière substantielle et permanente » (Rituel de l’Eucharistie en dehors de la messe n° 6).

Mais nous ne voyons pas le Christ dans l’Eucharistie, comme nous ne Le voyons pas dans l’assemblée de Son Corps, comme nous ne Le voyons pas dans sa Parole, comme nous ne Le voyons pas dans l’affamé ou l’étranger.

Le même rituel écrit dans une oraison pour l’adoration Eucharistique : le Christ « présent dans l’obscurité de ce mystère » (n° 98 oraison 3). Au cœur du plus grand "ostensoir–soleil" qui existe dans le monde, il y a le Christ « présent dans l’obscurité de ce mystère ».

Dans la même encyclique sur l’Eucharistie, saint Paul VI écrivait : « On reste émerveillé devant ces divers modes de présence du Christ et on y trouve à contempler le mystère même de l’Église » (Encyclique Mysterium fidei n° 38). Amen – Alleluia.

Fr. Jean-Jacques