Jour de Noël Jn 1, 1-18

Il faut bien avouer que le ton de la messe du jour de Noël, n’est pas exactement celui de la messe de la nuit. Nous avons entendu cette nuit, l’Évangile selon saint Luc, avec sa crèche, ses anges, ses bergers. L’évangile de la nuit n’est pas d’abord un Évangile que l’on comprend, c’est un Évangile que l’on voit, comme un tableau. Un évangile que l’on vit aussi, comme si nous étions berger parmi les bergers, rendant visite à l’enfant-Dieu.

Mais pour la messe du jour, la couleur est bien différente. Le texte que nous venons d’entendre, pour sublime qu’il soit, est beaucoup moins accrocheur et impossible à représenter avec des santons ! Il faut du temps pour y entrer, pour le comprendre, le savourer : c’est de la haute théologie ! D’ailleurs, les orthodoxes appellent saint Jean l’évangéliste « le Théologien ».

Ces deux Évangiles, pour différents qu’ils soient, nous disent chacun à sa manière l’événement inouïe qui s’est déroulé un jour de notre temps à Bethléem. Si nous rapprochons ces Évangiles cela fait des étincelles.

Mais d’abord écoutons la rumeur du monde autour de nous et soyons attentifs au langage médiatique qui bombarde nos oreilles à longueur de jour et d’années. On ne cesse de parler dans les journaux ou à la télé, d’hommes forts, de ministres de choc, de régimes musclés, d’opérations « coup de poing ». On voit à la télévision des Chefs d’États entourés de gardes-du-corps se déplacer dans des rues soigneusement vidées de leurs passants. Tout cela peut donner une impression de force, voire de grandeur qui nous séduit d’une manière ou d’une autre car autrement les journaux ne se vendraient plus.

Contraste saisissant avec ce que nous avons entendu cette nuit d’un enfant que l’on a mis sur la paille, qui n’a eu, comme gardes du corps que des bergers et des moutons et dont l’arrivée n’a provoquée, en fait d’opération coup de poing, que le bavardage enchanté de quelques milliers d’anges embouteillant le ciel. Cet enfant, nous dit saint Jean ce matin, c’est le Verbe de Dieu, la Parole d’amour que Dieu vient dire à l’humanité ; cet enfant, c’est Dieu lui-même qui vient nous parler.

C’est étrange ! J’aurais cru Dieu plus impressionnant. Si Dieu m’avait laissé le soin d’organiser la manifestation de sa puissance et de sa venue dans le monde, j’avoue que j’aurais soufflé un autre scénario, plus hollywoodien, plus spectaculaire… Mais peut-être, au fond, n’a-t-il voulu devenir si petit que parce qu’il était trop grand ? Je veux dire par là que Dieu n’a pas voulu que l’on confonde la grandeur insondable de son amour pour nous, avec une grandeur quelconque, avec le strass et les paillettes. Peut-être est-il plus à sa place dans une mangeoire d’animaux, que dans une voiture blindée, contrainte moderne de nos grandeurs. Finalement, c’est peut-être bien cela : tellement grand qu’il n’a finalement qu’un choix : celui de la parfaite humilité.

J’aime ce petit Dieu devant lequel tant de puissants ont rendu les armes au cours de l’histoire. Je l’aime car pour l’embrasser, il suffit de me baisser. Dieu à portée de mes mains, à portée de mes lèvres : c’est le mystère de l’Eucharistie que nous célébrons et qui dit toujours et encore l’humilité et donc la profondeur de son amour.

Petit Dieu, mon Dieu, doux et humble de cœur, quand donc comprendrons-nous, et comprendrons-nous suffisamment pour en vivre, qu’aucune force n’est plus grande que ton sourire d’enfant tout droit venu de Dieu ? Permets qu’à notre tour, nous mettions notre force dans la douceur reçue de toi. Amen !

Fr. Emmanuel