Dédicace, le 23 septembre 2020 Lc 19, 1-10

Bonne nouvelle d’apprendre aujourd’hui que Jésus peut demeurer chez un Zachée, un pécheur, chez moi. Bonne nouvelle d’apprendre que Jésus veut demeurer chez ce Zachée au cœur certainement trouble mais néanmoins habité d’un désir certain au point d’en monter sur un arbre pour voir Jésus qui justement va venir le rejoindre en ce point profond de son cœur. Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi… Et enfin, Jésus dira : Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison ! Notons bien ce parallèle : Aujourd’hui, dans ta maison, demeurer ; aujourd’hui, pour cette maison, le salut. Oui, les temps et les lieux, nos temps et nos lieux sont donc incontournables dans les évènements à travers lesquels le salut de Dieu nous rejoint, tous et chacun. Si Zachée est rejoint par Jésus dans son désir le plus profond, c’est bien en un temps particulier, en un lieu particulier : sa maison, sans oublier le sycomore ! Et le jour en question était vraisemblablement un jour ordinaire, sans signification spéciale jusqu’à ce que Jésus le traverse. La maison de Zachée n’avait certainement rien d’extraordinaire sinon d’être la demeure cossue d’un parvenu, jusqu’à ce que Jésus vienne y demeurer et insistons au passage sur la force de ce terme demeurer. Oui, ces temps et lieux si concrets, c’est la présence de ce Dieu vivant et accueilli librement qui va leur donner une densité insoupçonnée, un sens incomparable. Et l’histoire du Salut, de notre salut, peut bien alors s’inscrire dans nos temps et nos lieux. Ce qui a jadis transformé un certain aujourd’hui et une certaine maison, c’est bien l’accueil de cette présence du Dieu vivant dont la miséricorde et l’amour peuvent tout transfigurer.

Oui, ce qui a transformé au plus profond l’aujourd’hui et la maison de Zachée c’est bien cette venue de Jésus le rejoignant là où il était, là où il en était et emplissant alors de sa miséricorde et de son amour le cœur de Zachée. Et c’est bien cela l’important, la conversion, au sens fort du terme, d’un cœur de pierre en cœur de chair. Conversion d’un cœur d’une pierre impropre à toute construction en cœur de chair d’une véritable pierre vivante en communion avec les autres par le lien de la paix, de la charité, de l’amour. Depuis 2000 ans, combien de « Zachée » ont eu la joie d’une telle visitation, même dans les pires conditions, les pires prisons.

Oui, encore aujourd’hui, il n’est pas de temps ni de maisons, ni de cœurs où Jésus ne prie avec insistance qu’on l’accueille en ses envoyés, en ses sacrements, en ses frères souffrants. Oui, pas d’exclus ni de parias, pas d’intouchables pour Jésus. Toute maison, quelle qu’elle soit qui lui ouvre la porte, tout cœur qui s’ouvre à lui dans la confiance, Il y entre au risque, il est vrai, de tout bouleverser. Alors ne manquons pas nous aussi ces occasions de voir nos temps ordinaires et lieux familiers visités, transformés, transfigurés en temps et lieux de salut pour nous et les autres, Zachée n’était pas seul dans sa maison. Ne risquons pas, comme nous le lisons plus loin en ce même chapitre 19 de saint Luc de voir Jésus se lamenter : Jérusalem, tu n’as pas reconnu le temps où tu étais visitée. Alors avec confiance dans la miséricorde et l’amour de Dieu, ne perdons pas de temps, chacun aujourd’hui peut désensabler un peu plus son cœur, raviver un tant soit peu le désir qui l’habite au plus profond du cœur.

Oui, chacun peut en quelque sorte monter sur un sycomore en son aujourd’hui et laisser Jésus demeurer durablement en sa maison, car une fois accueilli, tout commence, tout a commencé pour Zachée, une vie nouvelle qui n’a certainement pas été exempte de croix, de joie et d’espérance en la Résurrection.

Oui, voilà donc un grand mystère, que chacun est donc temple, demeure de Dieu tout en étant une pierre vivante d’un temple, d’une demeure qui le dépasse infiniment, d’une Eglise où nul n’est étranger et exclus. Et cette conversion du cœur, cette communion dans l’amour de Dieu qui nous unit est alors un chantier sans fin, le chantier de toute une existence, un chantier pour la Vie qui nous invite à y mettre un minimum de nous-mêmes pour que l’amour de Dieu y prenne appui, pour que l’Esprit qui habite en nos cœurs y prenne appui : « Remplis le cœur de Tes fidèles et allume en eux le feu de Ton amour. » Oui, aujourd’hui, il faut qu’Il aille demeurer chez nous. Et je me permettrai de terminer à ce sujet par une parole de notre fondateur d’En Calcat Dom Romain Banquet, quelque temps avant le début de la construction de cette église : « Dieu est disposé à faire quelque chose dès que nous-mêmes ferons quelque chose. (…) Que les frères mettent la main à l’œuvre, le jour où ils commenceront, la bénédiction de Dieu tombera sur eux, ils ont entre les mains tout ce qu’il faut. » Oui, aujourd’hui encore, le chantier continue de commencements en commencements, vers la Vie, la Vie éternelle.

Frère Philippe-Joseph