Commémoration de tous les fidèles défunts Jn 6, 51-58

Ce chapitre de l’Évangile selon saint Jean nous rend spectateurs et témoins d’un dialogue entre Jésus et ses auditeurs, dialogue sur le pain, la faim, le désir, la satiété, la chair, l’esprit, le sang, le manger et le boire.

Pain pour la vie éternelle, pain qui descend du ciel, chair donnée pour que le monde ait la vie, ce pain, décidément, n’est pas une nourriture ordinaire. L’on comprend bien la perplexité des auditeurs. Et c’est toute l’ambigüité du dialogue qui apparaît : de quoi parle-t-on en définitive ? D’un pain qui nourrit le corps, qui, assimilé, se transforme en chair ?  Ou bien, suprême audace et scandale, d’une chair qui nourrit un corps pour le transformer en pain, en nourriture pour le monde, comme l’image parlante de Saint Ignace d’Antioche qui voulut être froment de Dieu moulu sous la dent des bêtes pour devenir un pain très pur.

Ce pain eucharistique, ce pain offert, qui nous transforme en offrande à Dieu et au monde, il est pour nous, qui marchons encore comme à tâtons à la rencontre de notre Seigneur. Les morts, dont nous faisons mémoire aujourd’hui ne se nourrissent plus de ce pain, débarrassés qu’ils sont du voile qui dissimulait Dieu et qui les dissimulait à Dieu : ce pain n’est plus pour eux qui ont achevé leur route et sont entrés dans la vie. Ils goûtent Dieu sans médiation et d’une certaine manière, ne sont plus qu’offrande. Si bien que l’on peut affirmer que ce sont eux les vivants et nous les morts, eux qui voient et nous qui avons le yeux obscurcis.

S’ils sont entrés dans l’offrande du Fils, s’ils sont devenus offrande, alors quel don nous font-ils ? Celui de nous aimer encore et de donner à cet amour, en pénétrant dans le mystère de Dieu, son maximum d’intensité. Si nous voulons répondre à cet amour, c’est bien en glissant notre prière pour eux au cœur de notre Eucharistie comme le fait l’Église depuis les temps les plus anciens. Nous aussi, nous glissons notre amour pour eux dans le mystère de Dieu.

C’est bien d’une communion entre vivants et morts que nous célébrons ce matin, communion qui affirme que nous ne sommes pas faits par Dieu pour la séparation !

P. Emmanuel