Annonciation 25 mars 2020 Lc 1,26-38

Il s’agit d’une annonce, l’annonce faite à Marie.

Qu’est-ce que c’est qu’une « annonce » ?

L’annonce est quelque chose de très important, on le sait bien, parce qu’au fond, c’est la compréhension de l’évangile tout entier qui est à la clé.

L’évangile est l’annonce qui peut changer la face du monde, qui peut changer ma vie, qui doit bouleverser ma vie comme celle de Marie.

Un mot hébreu nous aide à l’imaginer, plus encore qu’à le comprendre, car c’est une réalité extraordinaire, qui nous dépasse complètement.

Le mot hébreu, vous le connaissez tous : dabar, « la parole », une parole qui est active, qui est indissociablement une « affaire », quelque chose à faire ou qui va se faire.

De la même racine, un autre mot que vous connaissez tous : debora, le nom de la prophétesse Debora qui signifie « abeille ». Tiens ! La parole et l’abeille : les paroles comme des abeilles ? La ruche des paroles humaines, et le miel qui se fait de toutes ces paroles ? Comme la parole est bonne !

De la même racine, enfin, un dernier mot, moins connu peut-être : deber, « la peste ».

Y-a-t-il vraiment parenté entre ces trois-là : la parole, l’abeille, la peste ?

Les rabbins répondent oui.

Les abeilles butinent de fleur en fleur et répandent ainsi le pollen qui va féconder les arbres du jardin, permettre la fructification, par dissémination.

On appelle « peste », dans la Bible, le mal qui se répand par contamination sans qu’on puisse l’arrêter, celui dont la diffusion échappe complètement à notre maîtrise. Nous en savons quelque chose aujourd’hui. Qu’on l’appelle « grippe, SRAS, H1N1, Ebola, covid-19 », pour la Bible, c’est toujours et encore la « peste », un deber, une affaire de contamination.

Alors, le mystère de la parole, maintenant, apparaît mieux : dissémination, fécondation, contamination, diffusion qui échappe à toute maîtrise. Voilà ce qui fait la parole.

L’annonce faite à Marie n’est pas loin du prologue de Jean.

La parole est venue dans le monde, pour que la terre donne son fruit.

La parole s’est diffusée comme la lumière.

Le point qui distingue le chrétien du non-chrétien, le fils de la lumière du fils des ténèbres, c’est de croire que nous pouvons situer en Dieu l’origine, la source de la parole humaine : « et le Verbe était Dieu ».

Pour l’incroyant, la parole est ravalée au rang d’un phénomène presque neutre, une manifestation indifférente, indifférenciée de la vie, et le plus souvent inefficace. L’incroyant ne peut que se poser des questions, comme le fait Yves Bonnefoy, dans un poème ou un recueil intitulé, très justement, Ce qui fut sans lumière :

« Est-il vrai que les mots soient sans promesse,

Éclair immense en vain,

Coffre qui étincelle mais plein de cendres ? »

 

Mais celui qui se pose une telle question est peut-être déjà un croyant ?

Pour croire à l’évangile, il est nécessaire de croire à une réalité minuscule capable d’enflammer le monde. Exactement comme, sous nos yeux éberlués, un virus minuscule vient de le faire en quelques semaines, au nez et à la barbe d’un empire technologique, économique et scientifique d’une puissance sans exemple dans l’histoire humaine.

Telle est la puissance de l’évangile, dabar, la parole.

« Salut, comblée de grâce, le Seigneur avec toi ! Elle, à cette parole, fut complètement-bouleversée. », dietaraxthê. Ce verbe, dans la Bible grecque, est un hapax absolu.

Tout l’évangile nous raconte un bouleversement, du début à la fin. Si nous pouvions en éprouver, nous, ne serait-ce qu’une émotion, un début de saisissement. Que l’Esprit Saint fasse mieux résonner en nous ces paroles capables de changer le monde. Si nous ne voulons pas entendre le grondement de la peste, si nous ne voulons pas entendre le silence inquiétant des abeilles, écoutons de toutes nos oreilles le bourdonnement silencieux et bouleversant de la parole de Dieu.

frère David

 

mot d’accueil 2020

Le temps liturgique ne se cale pas sur le temps du monde qui nous environne, il agit bien plutôt comme un salutaire contre-temps, nous empêchant de nous enfermer dans les préoccupations présentes, actuelles.

L’Annonciation nous sort invinciblement de toute l’étroitesse du confinement : dans un espace restreint, une bourgade obscure, une jeune femme reçoit une parole qui donne à sa vie une dimension totalement neuve, inouïe, inimaginable.

Demandons au Seigneur la grâce d’entendre l’appel qui nous désenclave, qui nous fait sortir de nos prisons, extérieures et intérieures, qui transforme notre monde.