5° Dimanche de Pâques (A) Jn 14, 1-12

« Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Quel chemin d’humanité, voulons-nous emprunter ? Nous sommes en train de quitter un certain monde. Nous découvrons, confinés, sidérés et choqués que notre civilisation peut vaciller, qu’elle est mortelle. Et qu’à peine, l’homme quitte la scène qu’il avait organisée à l’échelle mondiale que déjà, la nature indifférente à nos effrois, se révèle prête à reprendre du terrain.

Cette humiliation virale et mondiale nous rappelle à notre finitude, nous ramène à la mesure de notre vulnérabilité et de notre fragilité. Ce chemin d’humiliation, au fond, pourrait peut-être, pour une part de notre humanité au moins, nous ramener à plus d’humilité au sein de notre maison commune.

Ce chemin au détour d’un confinement pourrait bien être le début d’une traversée du désert où la solidarité entre les hommes se révèlera une oasis vitale à laquelle s’abreuver les uns par les autres en cultivant chacun à son échelle le jardin d’une vie en communion avec celui des autres par l’invention de nouveaux chemins de partage et de fraternité. Ce chemin de traverse nous révèle déjà de façon  plus aiguë combien chacun, chacune est nécessaire pour le chemin de l’autre, du plus grand au plus petit, du plus fort au plus faible, du plus visible au plus invisible.

Par son propre chemin, chacun permet le chemin d’un autre. Ces temps-ci, le chemin du soignant ouvre celui du malade qui sait pouvoir aller vers lui pour être soigné. Le chemin de la caissière ouvre celui de ceux qui ont besoin de se ravitailler au magasin, qui, à leur tour, ouvrent celui de ceux qui vont produire de quoi manger à tous, de ceux qui vont acheminer les marchandises nécessaires. Le chemin des enseignants, des parents ouvre celui des enfants qui ont besoin d’instruction et d’éducation. Et bien d’autres encore dans une multitude de chemins. En réalité, tous ces chemins d’hommes et de femmes ouvrent, depuis toujours, de génération en génération, celui d’une même humanité en marche depuis des millénaires. Mais, il se pourrait bien que ce chemin soit aussi celui d’un chemin de croix pour l’humanité entière, croyante ou non, chrétienne ou non.

Dans la foi, le chemin de prière des marcheurs de Dieu ouvre le chemin pour l’Évangile du Seigneur. Les chrétiens en particulier, au-delà des souffrances, des angoisses et des peurs, sont appelés à suivre le chemin du Christ, à marcher vers lui, à choisir sa résurrection.  Cela vaut tous les détours imprévus car c’est un chemin d’espérance ; le pire n’est pas à venir puisque la mort est vaincue. Le Christ est vivant, sa passion est derrière lui et il reste pour notre part à poursuivre la route en marchant dans ses pas dans le détour même.

Moïse fera un détour pour savoir qui brûle de présence dans le buisson ardent ; il ne l’avait pas prévu. Israël se détournera du poison de ses récriminations mortelles envers Dieu et Moïse en faisant le détour par le serpent de bronze, manière surprenante et déroutante s’il est posssible. Israël encore retrouve le Dieu unique par le détour d’un veau d’or, imprévisible détournement pour retrouver le Seigneur.

Le chemin, c’est suivre son chemin d’humanité, en se détournant de ses tristesses, de ses peurs, de ses remords, en s’arrachant à ce qui nous paralyse, nous empoisonne, en quittant certains chemins de mort. Notre chemin d’humanité s’accomplit  en marchant comme Jésus a marché, faisant le bien, compatissant à toute détresse, patient dans l’adversité et le mal, montant à Jérusalem pour ressusciter.

Dans notre détour, quitter le chemin de l’ombre pour la lumière, broyer le bon grain plutôt que le noir de l’ivraie et veiller à être comme une sentinelle de fraternité qui, par des éclats de la vie de Dieu en elle, se manifeste dans un cœur ouvert pour accueillir le Seigneur qui vient de mille et une manières visiter son peuple. Prendre le chemin de la rencontre avec Dieu par nos chemins d’humanité. Jésus-Christ est le Chemin de nos chemins. C’est le chemin ouvert par Dieu même qui s’est fait exode, qui est sorti du sien pour nous précéder dans le notre et être un feu dans notre nuit, nous conduisant vers son Royaume.

Frères, au détour d’un confinement, ce chemin avec le Christ, c’est cet écart à parcourir sans cesse dans ce monde en gestation entre ce que nous sommes aujourd’hui, confinés dans une nature blessée, limitée, mortelle dont la liberté est entravée et ce que nous sommes appelés et promis à devenir : des vivants libérés et ressuscités. Cet écart, il se creuse par notre désir de vivre en vérité dans le Christ Dieu en marchant avec Jésus. En ces temps bouleversés, puissions-nous avoir le courage et la force de  creuser cet écart toujours davantage pour grandir vers le Ressuscité, notre chemin, notre vérité et notre vie et ne jamais cesser d’espérer en lui. Amen.

fr. Nathanaël