4° Dimanche de Pâques (A) Jn 10, 1-10

Mes frères, cet évangile vient nous apporter un peu d’air pur et frais, et çà nous fait du bien en ce moment ! Nous qui sommes dans l’enclos, confinés comme nos contemporains depuis presque deux mois, il nous tarde de pouvoir enfin sortir au grand jour, et de retrouver une certaine liberté de mouvement. Oui, nous sommes comme des brebis qui viennent de passer la nuit dans le bercail, protégées d’un danger extérieur qui nous guette. Une porte s’ouvre, celle du Christ, sur des horizons infinis. Cela peut nous inviter à nous remettre à l’écoute de sa voix, lui qui est le berger de nos vies. 

Les deux premières lectures nous parlent aussi de brebis errantes, et de conversion. Et dans cette démarche de conversion, de « retournement », il y a d’abord une voix, celle de Dieu qui nous appelle, et qui est déterminante. Nous ne pouvons faire aucun effort vers Dieu si celui-ci ne nous attire à lui par son Fils. Le Christ est en même temps la voix qui appelle, la porte par laquelle on passe, celui qui nous guide sur le chemin, et le chemin lui-même. Autrement dit, il est toujours avec nous, que l’on soit à l’extérieur ou à l’intérieur, égaré ou dans le droit chemin. Jamais il n’abandonne ses brebis. Toujours présent dans notre vie de chaque jour. C’est plutôt nous qui ne le voyons pas, alors qu’il marche auprès de nous, comme sur le chemin d’Emmaüs... Ecouter la voix du Christ, le bon pasteur, c’est en même temps demeurer dans son amour, consentir à ne pas écouter une autre voix, à l’intérieur de nous-mêmes, qui nous invite à suivre un mauvais penchant, une piste qui paraît très séduisante, mais qui nous mène à une impasse et à la mort. Car le chemin que nous propose le Christ n’est pas une voie large, facile, mais une piste étroite, une porte resserrée qui nous mène à la vraie vie.

Le bercail, l’enclos de la bergerie n’est pas vraiment un endroit idyllique, toujours bien protégé. Il se peut qu’il y ait des intrusions de l’ennemi, le voleur qui se fait passer pour le berger. Nous savons bien que la clôture du monastère ne suffit pas à nous protéger de l’arrivée d’un virus. Mais il existe un ennemi encore plus subtil qui s’infiltre dans notre cœur, d’une manière inaperçue également, et en passant incognito par la fenêtre. Celui-ci nous enjoint à une pseudo liberté, en nous faisant croire à toutes sortes de mirages et de belles promesses illusoires. En réalité, il n’est là que pour détruire, et y trouver son avantage. Face à ce constat, on peut dire que la vie chrétienne est un combat, un choix perpétuel entre deux voix / voies qui s’offrent à nous ; ce n’est pas un chemin facile, un nid bien douillé dans lequel on peut se réfugier quand la tempête fait rage dehors. Non, les disciples du Christ sont solidaires de tout qui se passe à l’extérieur. S’ils passent la nuit dans l’enclos de la prière, c’est pour repartir de plus belle au devant de la vie, au lever du jour.

Dans le temps que nous vivons, l’humanité est dans ce lieu de la bergerie, où elle peut méditer sur son identité, sur ce qu’elle est réellement, avant de rejoindre la vraie vie, avec un autre regard. Quelle voix va-t-elle écouter ? Quelle voie va-t-elle prendre ? Celle du voleur, qui lui propose la sécurité mais qui, au contraire, va l’enfermer encore davantage ? L’infernal huis clos, celui de Jean-Paul Sartre, est en effet celui où l’autre un enfer, et où je me protège de lui en fermant la relation, et en évitant toute contagion... Comment allons-nous donc pouvoir vivre ensemble, après cette épreuve ? Il nous faudrait pour cela écouter la voix de Dieu qui résonne à l’intérieur de notre cœur et nous convie à une vraie liberté. Non pas une liberté pleine de déterminismes, à laquelle nous sommes si souvent habitués (« Je fais ce que je veux, et peu importe pour les autres »), mais un consentement à la vie dans toute sa fragilité et sa précarité. Car la vie de notre humanité, celle de notre planète, de notre prochain, c’est celle aussi de Dieu en nous. Et elle est fragile. C’est lui l’horizon véritable de nos vies, le chemin sûr qui nous fait voir la lumière du jour. En Dieu nous est offert un espace infini et immense. Mais cette possibilité nous bouscule, car nous ne savons pas bien marcher. Nous sommes comme des enfants, encore hésitants, qui avancent en tâtonnant, en prenant le risque de tomber. Mais c’est cela la vie, une suite de déséquilibres ! Si nous ne voulons pas prendre de risque, en nous barricadant et en nous protégeant des autres et en croyant être libres, alors nous ne grandirons pas, et notre vie sera vraiment un enfer. Sans cette prise de risque, nous n’accéderons pas à l’horizon infini qui nous est promis, cette respiration de Dieu qui est Esprit, Souffle vivant et bienfaisant.

Il nous faut donc emprunter la porte du Christ, afin de pouvoir entrer dans la vraie liberté, et nous ouvrir au monde. Car la seule et unique tentation pour l’homme et pour le chrétien, c’est bien de s’enfermer soi-même dans la peur de l’autre, et d’empêcher à la vie de circuler. Alors, faisons confiance au Christ : passons à travers lui, sortons pour annoncer, par notre vie et par nos actes, que c’est en lui que nous est donnée la vraie vie, fragile mais belle, et que même la mort n’a aucun pouvoir sur l’homme. Osons l’espérance d’un monde nouveau, ressuscité avec le Christ. Amen.

Fr. Columba