20° dimanche du TO (A) Mt 15, 21-28

Depuis des mois, avec toute la planète, nous faisons l’expérience que le virus Covid 19 ne connaît pas les frontières … Plus encore que le virus, le mal, comme le malheur ne connaît pas les frontières, il affecte toute l’humanité… C’est à ce drame que s’affronte Jésus dans cet évangile pour nous inviter à faire nôtre sa propre attitude et convertir notre vie.

Cette Cananéenne a franchi la frontière et, avec elle, le mal et le malheur qui touche sa fille, possédée par le mal, par un démon… Jésus réagit, dans la vérité de ce qu’il est, comme homme vrai et comme le vrai Fils de Dieu qu’il est. Parce qu’il est vraiment homme il assume la limite de son humanité, il est limité : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël… », et dans ce même évangile de Matthieu, d’ailleurs, Jésus impose la même limitation à l’apostolat de ceux qu’il envoie : « Allez plutôt vers les brebis perdues de la Maison d’Israël… », car il faut d’abord que les enfants se rassasient avant de penser plus loin…

Mais dans les limites réelles de son humanité, Jésus est le Fils bien-aimé du Père, il porte en lui la tendresse infinie et universelle du Père « dont les dons gratuits et l’appel sont sans repentance… », sans retour en arrière, dit Paul dans la lettre aux Romains. Cet amour universel qui, en Jésus, n’est pas limité par le péché, le rend capable de percevoir la profondeur de la foi de cette femme étrangère, de lire dans son coeur : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux… ». Jésus, vraiment homme, prend ainsi conscience peu à peu que le Père l’envoie pour sauver, au-delà de toute limite, tous les hommes de toute race, de toute culture, il est envoyé à tous et pour tous : « Lorsque j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes… »

Cette expérience de Jésus comme homme et comme Fils unique de Dieu, comme Sauveur de tous, est le cœur de la mission de l’Église telle qu’elle apparaît dans le Concile Vatican II, que l’on peut résumer ainsi : Au centre de tout, il y a la personne humaine, le « Je » – autour de la personne, pas au-dessus ni au-dessous, il y a le Nous de l’Église, de la communauté, qu’elle soit paroissiale, nationale ou autre – et autour du Nous, pas au-dessus ni au-dessous, il y a le Tous universel… Si nous ne tenons pas ensemble ces 3 réalités : Le « Je », le « Nous », le « Tous », la foi chrétienne, l’évangile est faussé… Si la communauté nationale, si l’Église, si le « Nous » communautaire oublie et rejette le « Tous » universel, nous tombons dans le nationalisme qui rejette l’étranger, dans le sectarisme ecclésial… La vie, la planète, l’eau, le bien-être, le salut en Jésus, tout cela est pour tous les hommes. Déjà le prophète Isaïe l’annonce (dans la première lecture) : « Les étrangers seront conduits à ma montagne sainte…Ma maison s’appellera « maison de prière pour tous les peuples… » Jésus réalise et accomplit en plénitude cela en mourant et en ressuscitant pour tous les hommes, comme Paul le rappelle dans la seconde lecture : « En lui le monde tout entier a été réconcilié avec Dieu… car Dieu a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde… »

Le « Je » personnel, le Nous de l’Église pour le Tous universel, c’est ce que nous vivons dans cette Eucharistie : dans un instant chacune dira « JE crois en Dieu… », mais c’est ensemble que Nous le dirons, en Église et, à la femme de la messe, Nous serons envoyés porter la paix à tous : « Allez dans la paix du Christ… »

C’est dans cette lumière que le disciple de Jésus, comme le rappelle sans cesse le pape François, doit considérer le problème des migrants, de l’accueil de tout étranger… Entendons cet appel, voyons ce qu’il requiert de conversion pour chacun de nous, dans l’acceptation et l’accueil de l’autre, du différent, de l’étranger afin que – et c’est ce que nous demanderons dans la dernière prière de cette messe : nous « ressemblions au Christ sur la terre et partagions sa gloire dans le ciel » Amen ! »

P. André-Jean