2° Dimanche de Carême (A) Mt 17, 1-9

            « Jésus fut transfiguré devant eux » A quoi pensez-vous, à quoi pensons-nous quand nous entendons ces mots « il fut transfiguré devant eux » ? Que voyons-nous, qu’imaginons-nous ? Avons-nous dans l’esprit l’une de ces nombreuses représentations, tableaux et icônes ? Ou bien une simple toile blanche : « ils ne virent plus personne », comme les pèlerins d’Emmaüs… Curieusement, Jean, le seul évangéliste qui était présent avec Pierre et Jacques sur la Thabor, est le seul à ne pas raconter cet évènement dans son Evangile ! Il y a un blanc dans l’Evangile de Jean. Au lieu de contempler la gloire de Jésus sur le mont Thabor, il contemple la gloire de Jésus sur la Croix, là où l’Amour est exposé, « en spectacle », à la vue de tous. La véritable métamorphose s’opère sur la Croix. C’est en voyant comment Jésus meurt sur la Croix que le centurion s’écrie « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu » –  ce cri du centurion répond à celui que vient de pousser Jésus « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

            Le cri du centurion, c’est le cri de l’église aujourd’hui, c’est notre cri aujourd’hui, cri qui rejoint la voix du Père venue des cieux : « Celui-ci est mon Files bien-aimé, écoutez-le ! » Oui, écoutez-le, écoutez son cri, le cri d’amour du cœur de Dieu. Dieu qui nous invite à partager la gloire de son amour, qui nous invite à une profonde transfiguration, une profonde métamorphose.

            Le carême n’est pas un temps de pénitence diminutive, c’est le temps de l’accroissement de l’amour. Fichez-moi en l’air les mérites de vos pénitences criaient déjà les prophètes : « déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements ! » Ou plutôt, revêtez le vêtement splendide de la transfiguration, la tunique ensanglantée de Jésus, la tunique imprégnée de l’amour, de l’amour fort et vrai, de l’amour qui donne sa vie, qui donne la vie, qui enracine dans la joie, qui déverse un torrent de joie ! La privation n’est que l’envers joyeux du don. Dites-moi, quel père, quelle mère n’est heureux de se priver pour la joie de ses enfants ? Ainsi en est-il en tout premier lieu de notre Père, de notre créateur qui n’hésite pas à nous donner ce qu’il a de plus cher, son Fils « Voici mon Fils bien-aimé, écoutez-le ! » et ce Fils se donne lui-même à nous : « voici mon corps ». Le Fils condense charnellement, corporellement, le don de Dieu. Teilhard de Chardin le dit somptueusement dans sa « Messe sur le monde ». De même Paul Claudel dans sa traduction des Psaumes : « J’en ai plein la bouche de ton soleil ! »

            Saint Paul, qui a été ébloui et transfiguré sur le chemin de Damas, lui qui le premier nous livre un récit du don eucharistique de Jésus, saint Paul écrit aux Romains : « Je vous exhorte à offrir vos corps… » oui, je vous exhorte à faire comme Jésus, à faire de vos corps une eucharistie, à faire de vos corps transfigurés par l’amour, une source d’amour eucharistique. Et ce même saint Paul écrit aux Ephésiens : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi. Enracinés et fondés dans l’amour, vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints (c’est-à-dire l’église) ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur, et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés de toute la plénitude de Dieu », oui, toute la plénitude de Dieu ! »

            Sommet trop haut pour nous ? Idéal irréalisable ? Pourquoi donc Dieu s’est-il abaissé ? Pourquoi cet encharnellement de Dieu comme dit Charles Péguy ? Sinon pour nous emmener avec lui au sommet, l’unique sommet du Thabor et du Golgotha confondus, pour qu’avec lui notre corps, notre cœur, notre vie soient transfigurés et que nous devenions ce que nous désirons le plus profondément, que nous devenions les fils de l’Amour.

 

F. Pierre