18° dimanche du TO (A) Mt 14, 13-21

Quand nous lisons sur notre ordinateur ou notre téléphone : « inscrivez-vous gratuitement à… » nous flairons l’arnaque. Que dire alors de l’invitation du prophète Isaïe : « Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer » ? Arnaque divine ? Entrée gratuite dans le Royaume et après… ?

Dans notre mentalité marchande, tout doit se payer, tout doit être mérité et si ce n’est pas directement avec de l’argent, c’est au prix d’efforts continus et assidus. Et, en cas d’erreur, il faut payer sa faute. Cette justice rétributive est bonne mais elle devient aberrante si rien ne vient la contrebalancer. Nous en faisons la constatation dans les échanges internationaux où les pauvres sont écrasés. Et nous connaissons la terrible sentence du Cantique des Cantiques : « si quelqu’un voulait acheter l’amour, il ne recevrait que du mépris » Et rappelons-nous l’amère constatation d’Antoine de Saint Exupéry : « Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. »

Force-nous est de constater que Jésus vient mettre un gros grain de sable dans notre mécanique bien huilée de la méritocratie. Non seulement il introduit la Grâce, mais aussi la surabondance. La Grâce évoque deux choses : d’un côté la gratuité, de l’autre la Beauté. Mélangez Beauté et gratuité, vous obtiendrez l’Amour. Et nous le savons bien, l’amour est sans mesure ! C’est ce que Jésus nous signifie dans ce miracle, ce geste, ce signe de la multiplication des pains. Quand Dieu donne, quand Dieu se donne, c’est toujours avec surabondance, et il y en a encore, et il en reste jusqu’à plus soif comme à Cana, comme au puits de Jacob pour la Samaritaine qui en oublie sa cruche.

Tous les miracles de Jésus sont signes de la surabondance de l’amour de Dieu pour nous, amour qui culmine dans le don de sa vie sur la Croix. Prenons le temps de regarder Jésus sur la Croix. C’est en regardant la folie de la croix que nous pourrons recevoir la surabondante folie de la résurrection. Mais le plus extraordinaire n’est pas encore là ! Oui, Dieu se donne à nous par surabondance d’amour et, plus merveilleusement encore, il nous invite à y participer, à y coopérer : « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » nous dit Saint Paul et Jésus nous invite à offrir 2000 mètres à pied à quelqu’un qui ne nous en demande que 1000…

Celui qui se laisse entraîner par le torrent d’amour de Dieu en Jésus a la surprise de voir son propre cœur s’ouvrir et, de ce cœur jaillir des sources d’eau vive comme Jésus lui-même l’a prophétisé. C’est pourquoi Jésus a l’audace de dire à ses disciples qui n’ont rien : « donnez-leur vous-même à manger ! » ce qui pourrait avoir deux significations : distribuez vous-même la nourriture ou donnez-vous vous-mêmes en nourriture comme moi !

C’est en cela que la multiplication des pains préfigure l’eucharistie où Jésus se donne lui-même en nourriture en ajoutant « faites ceci en mémoire de moi », c’est-à-dire, faites ce que je fais moi-même en ce moment, offrez-vous vous-même comme je m’offre moi-même à vous. C’est ainsi que se réalise aujourd’hui-même dans notre assemblée dominicale la promesse de Jésus : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ! » N’est-ce pas ce que nous désirons au plus profond de nos cœurs de chrétiens ?

fr. Pierre