16° dimanche du TO (A) Mt 13, 24-43

Ces trois paraboles, le bon grain dans le champ, la graine de moutarde, le levain dans la pâte que nous venons d’entendre sont le quotidien de notre labeur de créature à poursuivre Celui qui nous appelle à sa vie divine, à sa paix véritable : le Christ. Il s’agit bien de semer, de dilater la terre d’un ferment du ciel pour qu’elle grandisse de Dieu, de faire croître le monde à venir avec des fragments de cette Parole divine qui se donne pour qu’un jour messianique se lève. Ce n’est pas de tout repos car notre espérance est toujours à construire comme la colombe de Noé qui va, revient, va, revient avec un rameau d’olivier, enfin va de nouveau pour ne plus revenir parce que l’espérance d’une terre s’est accomplie.

Par son incarnation, Dieu s’est semé lui-même en son Fils et nous sommes créés à son image et à sa ressemblance, c’est-à-dire semeur de Dieu. Cette ressemblance, il nous faut sans cesse la rechercher et l’approcher par notre conversion et veiller à étouffer l’ivraie de notre cœur, à balayer la zizanie de nos compromissions avec le diviseur. Comme le Christ, nous semons, mais à la différence du Christ, nous devons discerner, sélectionner notre semence, choisir les bons grains de la parole ou du silence, de l’action ou de l’immobilité, de la patience ou de la diligence. Nous devons éviter les pièges du tentateur et nous détourner de la suggestion de ses perversions qui voudraient nous inciter à la discorde, à la tromperie, à la corruption.

Aussi, nous faut-il aller et venir pour faire le monde et nous faire selon la volonté de Dieu. Nous faut-il respirer Dieu, sa parole, son souffle de miséricorde pour ne pas laisser l’expiration du péché nous défaire dans l’abîme et défaire le monde. Nous faut-il aller porter les bons grains d’une parole évangélique, d’un geste salutaire, d’une oreille à l’écoute du cœur blessé ; nous faut-il venir à la table de Dieu, de sa Parole, de son pardon, à la table de nos frères pour des retrouvailles fraternelles et chercher ensemble le Royaume. Dieu nous le demande.

Si notre réponse laisse l’Esprit de Dieu souffler dans notre cœur alors nous prenons le chemin de son inspiration. Et ce chemin est meilleur que les impasses du péché. Dieu nous pétrit et nous façonne par la paume de ses mains, à la mesure des bons grains que nous lui offrons à moudre. Dieu nous pétrit de ses mains avec les grains de nos repentirs, de notre conversion. Repentir et conversion sont comme un levain d’espérance et de vie. La pâte que nous sommes se lève avec nos ferments d’évangile : retour vers Dieu et vers nos frères, abandon de nos vieux ferments jetés au feu de la miséricorde divine. Nos ferments d’évangile préparent notre résurrection, la naissance de l’homme nouveau.

À cela, chacun y participe. Animé par le désir de la prière, du pain et du vin du Seigneur, animé du souffle de l’espérance, chacun apporte son grain en supportant son tohu-bohu intérieur et celui de son prochain avec patience et persévérance. Et peu à peu, notre être intérieur s’illumine de la lumière éternelle, celle de notre origine. Notre opacité marquée de recoins obscurs se fait plus transparente à la lumière céleste qui, alors, peut se diffuser et éclairer le monde de la Bonne Nouvelle.

Frères et sœurs, où que nous en soyons avec Dieu, Dieu est présent pour nous et s’offre à nous chaque jour dans son pain à manger, dans le prochain à aimer et à servir, dans l’étranger à accueillir, dans le pauvre à secourir, le malade à visiter. Où que nous en soyons de notre propre levain, il n’est jamais trop tard pour choisir le bon grain dont le Seigneur fera bonne pâte et bon pain pour nourrir le monde d’un peu de notre chaleur et de notre humanité et le façonner de notre fraternité réconciliée tant désirée par notre Père qui es aux cieux. Amen.

Fr. Nathanaël