15° dimanche du TO (A) Mt 13,1-23

Frères et sœurs, avec la liturgie, la Parole de Dieu tourne en boucle. Mais pas comme les radios ou chaines d’information en continu, qui prétendent apporter du nouveau, des « nouvelles » toutes fraiches, alors qu’elles disent en substance toujours la même chose et diffusent toujours la même musique qui flattent les oreilles. Non, la Parole de Dieu, qui semble apparemment se répéter d’année en année, apporte avec elle une nouveauté permanente, une bonne nouvelle qui est l’autre nom de l’Evangile. Elle fait advenir un autre monde, une autre vie, qu’on appelle la Vie éternelle, le Royaume des cieux.

La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur, et le pain à celui qui mange. Qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Il me semble qu’Isaïe veut exprimer par là le fait que Dieu ne vient pas dans le monde pour se montrer un moment, faire un petit coucou à ses créatures, et ensuite repartir par la même porte où il est entré. Cela ne changerait rien à notre vie. Cela ressemblerait à une célébrité qui arrive sur la scène, qui attirerait à elle ses admirateurs le temps d’un concert ou d’un spectacle, et qui ne leur laisserait qu’un souvenir à l’esprit. Non seulement, Dieu n’est pas un séducteur, mais il veut, au contraire, se donner à nous, et nous laisser quelque chose de son passage, un présent qui témoigne de son amour. Sa visite sur la terre, par son Verbe qui est aussi son Fils, a une mission particulière. Cette mission est de nous nourrir, de nous combler comme un pain qui rassasie le cœur de l’homme. C’est cela le résultat, l’efficacité que la Parole divine apporte avec elle dans le monde. Il n’y a donc pas de retour de Dieu sur lui-même dans un sens égoïste. Dieu se donne en toute humilité, en fécondant par la semence ce qui est déjà présent et créé par lui. Le Royaume est un avènement progressif, un processus dynamique, comme celui que l’on retrouve dans la nature. Rien d’étonnant, donc, à ce que Jésus utilise toujours des images tirées du monde agricole pour nous parler du Royaume de son Père.

Malgré toute cette nouveauté qui peut apparaître à travers l’Evangile, je pense que tout à l’heure, lorsque vous avez entendu le passage d’évangile, vous avez dû vous dire (comme moi lorsque j’ai dû préparer cette homélie) : « Encore celui-là, je le connais par cœur… Et en plus, il est long, et l’interprétation, on la devine déjà à l’avance ! ». Oui, avec nous, Dieu en fait toujours trop. Il nous inonde de ses bienfaits, il nous balance ses graines à la figure à tout bout de champ, pour qu’il y en ait au moins une qui puisse germer quelque part dans une bonne terre. Pourtant, si Dieu paraît en faire trop, c’est peut-être parce qu’il sait pertinemment qu’il y aura du gâchis, une perte sévère, car certaines graines tomberont dans des endroits ingrats. Il n’a pas le temps d’étudier le terrain, il passe vite, comme le semeur au bord du chemin, et il jette n’importe où, il envoie partout, il répand ses miettes sur toute la surface de la terre, pour que chacun ait à manger, même les oiseaux…

Alors, éternel retour, la Parole de Dieu ? Toujours pareille ? En quelque sorte, oui, puisqu’elle est toujours la même : stable et solide, toujours fidèle et éternelle. Mais nous, et le terrain de notre cœur, nous sommes en constante instabilité, en changement permanent. C’est précisément pour cela que la Parole de Dieu, bien qu’elle dise toujours la même chose et soit identique à elle-même, est finalement toujours nouvelle. Car nous ne sommes jamais disposés à la recevoir de la même manière. Notre cœur n’a de cesse d’être différent, selon les humeurs de la journée, il est perturbé par toutes sortes de soucis, de détresses, et par les séductions du monde. Dieu doit donc s’adapter à notre goût, comme la manne qui est donnée aux Hébreux dans le désert. Il transforme le terrain de notre cœur, de l’intérieur, en venant habiter parmi nous, en la personne de son Fils.

En réalité, nous avons tout ce qu’il faut pour pouvoir accueillir Dieu dans notre vie : des yeux, un nez, des oreilles, une bouche. Bref, des sens, une sensibilité qui nous est donnée pour le recevoir. Malheureusement, nous mettons cette sensibilité sous clé, sous une cloche. Un couvercle recouvre notre cœur, qui devient dur, fermé et opaque, incapable d’apprécier la nouveauté du Royaume. Il nous faut donc apprendre à accueillir ce qui est petit comme une graine, et qui est capable de nous changer l’existence. De protéger ce qui est faible et qui arrive dans notre cœur, dans notre terre intérieure. Car même si nous recevons la nouveauté, encore faut-il persévérer, et entretenir cette graine ; afin qu’elle puisse s’ouvrir elle aussi, et germer. En définitive, tout cela nous dit que le don de la Vie éternelle exige à chaque fois une petite mort à soi-même. Car le processus de changement demande de passer par des deuils, de renoncer à garder le don de la foi d’une façon immobile et immuable. Nous devons prêter attention à la permanence de l’amour de Dieu, et être stables dans notre désir de le recevoir, en écartant tout ce qui n’est pas de lui. Comme une bonne terre, orientons notre pensée et nos sens vers Dieu qui est la source de la Vie, et qui nous rejoint encore une fois aujourd’hui, en cette eucharistie.  Amen.

Fr. Columba