1° Dimanche de l'Avent (B) Mc 13, 33-37

Frères et sœurs,

dans l’Evangile que nous venons d’accueillir,

Jésus parle à ses disciples.

En effet, il ne s’adresse ici ni à des foules anonymes, ni à des individus, puissants ou petits, ni même aux représentants de corps constitués.

Il parle au groupe de ceux qu’il a choisi, qui ont répondu à son appel et qui, par conséquent, ont décidé de tout quitter pour le suivre.

Précisément, il faut avoir tout quitté pour suivre Jésus pour comprendre, pour saisir ce qu’il est en train d’exprimer.

Par définition, un disciple est d’abord quelqu’un qui trouve dans la vie d’un autre de quoi guider la sienne.

C’est la condition pour aller plus loin dans la lecture de l’Evangile de ce dimanche. Il faut qu’il y ait un amour palpable, sensible même.

Bref, le Christ ne s’adresse pas seulement à un cercle d’initiés, il s’exprime à des hommes qui montrent beaucoup d’amour en le suivant.

 

Jésus parle de sa venue.

Il évoque donc son départ, la grande séparation, le grand deuil à venir. Il sait que la croix provoquera une douleur sans nom, un désespoir cruel, que le cœur de ses disciples sera éprouvé,

que l’amour de le suivre ne pourra le suivre jusque-là.

En d’autres termes il leur précise et donc il nous précise :

«Tenez dans l’épreuve car, ce dont je vous parle,

c’est surtout de votre vie future.

Et la vie future, elle commencera bien avant le retour du maître. Elle commencera dans l’attente, dans le désir, dans la mémoire que vous aurez de moi.

Venu dans la chair, je reviendrai d’abord en esprit, lorsque mon amour pour vous sera répandu dans vos cœurs par le don de l’Esprit saint, je reviendrai, ensuite, lorsque les temps seront accomplis et que je vous remettrai avec la création tout entière au Père céleste.»

 

Or, frères et sœurs, nous le savons, la foi, la démarche de foi est le commencement d’une vie nouvelle.

Elle est davantage qu’une confiance vague accordée à un message d’amour universel.

N’est-elle pas le sentiment, la réalité la plus puissante de la présence du Sauveur en nous ?

Certes, la foi n’est pas encore la gloire de la vision.

Cependant, déjà elle entrevoit ce qui sera.

Bien entendu, nul ne sait quand cela se réalisera, même pas le Fils.

Le disciple doit donc, devant l’ignorance nécessaire et vitale du moment, le disciple doit rester en éveil, conscient de ce qui été mis entre ses mains, dans les replis les plus intimes de son cœur: ce trésor fragile, invisible, vulnérable, qui fait vivre et souffrir, qui fait se perdre et qui sauve, qui meurt et qui naît, ce trésor, c’est l’amour de Jésus Christ, c’est cet état palpable de qui tombe amoureux.

Soyons amoureux ! Oui, aimons-nous les uns les autres !

Nous le savons : ces mots sont ceux du Seigneur Jésus Christ, et nul autre désir ne devrait nous étreindre tous que de vouloir vraiment les dire et surtout les vivre !

 

Comme le maître qui part en voyage, qui doit accomplir une longue route à travers la haine et le péché, à travers les embûches et l’oppression, une route dont il ne mesure pas lui-même l’ampleur, Jésus dit à ses disciples qui sont ses amis :

«Ne lâchez rien ! N’abandonnez rien ! Restez fidèles, c’est-à-dire unis à ce fragile amour qui vous a tournés vers l’Amour. Tenez la maison des hommes que je vous confie, dites-leur que je reviendrai, qu’il ne faut pas craindre que je ne revienne pas. Là où je vais, mes amis, vous ne pouvez pas aller, car nul ne peut aller en dessous de lui-même à ce point.

Ne m’oubliez pas ! Préparez-vous à recevoir le don qui fera de vous des Apôtres, des Messagers, des témoins,

préparez-vous à aimer toute chose autant que je vous aime.

Ma vie, vous l’écrirez en lettres de sang, mon sang coulera dans vos veines.»

Frères et sœurs, cette maison que Jésus confie à ses disciples, c’est nous, ces hommes qu’il nous confie, c’est l’humanité entière.

 

En ce premier dimanche de l’Avent, ne cherchons pas à aller trop vite, à nous précipiter trop rapidement au pied de la crèche, à nous improviser berger ou mage sans préparation intérieur,

car au pied de la crèche nous sommes déjà au pied de la croix, nous sommes déjà devant l’offrande, devant le don.

Or, nous ne sommes pas encore prêts. Il nous faut du temps car le temps fait beaucoup : il apaise, il prépare, il transforme.

Et seule la patience tire son profit du temps qui passe,

seul l’être patient connaît l’effet bénéfique de l’œuvre du temps, seules les choses essentielles grandissent avec le temps,

seul ce qui dure doit nous importer.

Et ce qui n’aura pas de fin, c’est notre relation au Christ.

Alors, oui, frères et soeurs, soyons amoureux, il est temps !

Amen.

Fr. Benoît-Marie