Vendredi saint 19 avril 2019 La Passion selon saint Jean

Dans cette Passion selon saint Jean, il y a un mot que nous n’avons pas entendu : « DIEU ».

Dieu n’est pas nommé, Dieu est absent.

On ne le remarque pas tellement ! Nous sommes habitués à vivre sans Dieu. La Passion nous dit ce que font les hommes en l’absence de Dieu et cela rejoint d’une certaine façon l’actualité ordinaire.

Dieu est donc absent.

À regarder de plus près, il est évoqué tout de même une fois mais indirectement, quand l’homme Jésus est accusé de s’être déclaré « Fils de Dieu ».

Jésus donc seulement qui se dit « Fils de Dieu » : seul visage de Dieu en ce monde.

Mais où est l’homme alors ?

Surprise, peut-être plus grande encore. Dans tout ce récit, le mot « homme » ne désigne QUE Jésus, seulement Jésus, et par trois fois, avec un point d’orgue qui a frappé toute la tradition : ecce homo, « voici L’HOMME » !

En Jésus s’est concentrée toute l’humanité.

Alors ouvrons les yeux, écoutons bien, regardons bien.

Il ne nous est pas proposé de regarder un homme glorieux, un athlète splendide, mais un homme souffrant, humilié, bafoué, torturé, et c’est celui-là qui est bel et bien déclaré « l’Homme ». Où va notre regard à nous aujourd’hui quand il cherche l’humanité ? Vers la gloire ou vers la croix ?

L’Évangile est universel non parce qu’il proposerait aux hommes un idéal sublime, mais parce qu’il rejoint le point le plus universel de notre condition : la souffrance, l’échec. Tous nous passerons par la mort, l’échec sans appel, auquel tous les mausolées ne changeront rien.

Frères et sœurs, n’attendons pas dans nos vies la présence cuisante de l’échec, de la souffrance, de la mort, pour chercher à devenir plus humains. L’Évangile ne baratine pas ; il est là pour nous dire l’urgence qu’il y a à devenir des humains, à l’image du Christ, c’est-à-dire des fils et des filles de Dieu, et pour nous en dessiner le chemin.

frère David