Rameaux 14 avril 2019 La Passion selon saint Luc (22, 14 – 23, 56)

Frères et sœurs, cette année, plus qu’une autre année, il nous a été donné d’écouter le récit de la Passion les yeux fixés sur Jésus et l’esprit fixé sur l’Eglise, l’Eglise aujourd’hui, humiliée, défigurée.

Animés par la foi, nous voudrions regarder l’Eglise comme le Corps du Christ en ce monde.

Oui, mais… Je vois bien, dans mon cœur comme dans le vôtre, la remarque qui pointe son nez, qui pointe son doigt accusateur : Jésus, le Christ, était sans péché, mais, aujourd’hui, ce que l’on reproche à l’Eglise, ce sont justement des péchés bien réels et bien visibles, tellement trop visibles !

Il y a les fautes présentes et les fautes passées, innombrables, certaines impardonnables. Pas besoin d’être très fort en histoire pour connaître les erreurs de certains papes, les crimes et les mensonges de clercs ou de laïcs qui se disaient chrétiens, de peuples entiers qui se voulaient chrétiens.

Dans tous les évangiles, au milieu du récit de la Passion, il y a une scène très étonnante dont nous prenons mal la mesure, parce que nous ne la lisons qu’une fois par an. Elle peut nous éclairer aujourd’hui, parce qu’elle parle de l’Eglise : c’est le reniement de Pierre.

Comprenons bien qu’il n’y a eu d’évangile que par Pierre, ce premier pape de l’Eglise naissante. Et il n’y a pas d’évangile sans le récit de la défaillance du premier pape. Il n’y a pas de saint Paul sans le récit de sa conversion, de la persécution qu’il avait infligée aux chrétiens, du fait qu’avant d’être témoin du Christ, il fut témoin de la lapidation d’Etienne et qu’il a approuvé ce crime.

Il n’y aura pas d’Eglise demain sans confession de la faute des pécheurs que nous sommes, nous, aujourd’hui. Mais les petits mea culpa entre nous au début de la messe ne suffisent pas. Comme c’est très abstrait et que ça va très vite, ça ne fait pas très mal, mais ça ne fait aucun bien.

Non ! C’est dans la vie concrète que ces mea culpa, grands ou petits, doivent advenir. Là, ça peut faire mal, mais ça peut faire aussi beaucoup de bien. La pire faute, ce n’est pas la faute justement, c’est de ne jamais la reconnaître, de prendre une posture de justice, de se laver les mains comme Pilate. Dans le récit que nous avons entendu, toutes les juridictions échouent, toutes les justices du monde sont confondues.

Ce que Pierre et Paul ont commencé à faire en racontant leur histoire, c’est cela, vivre l’évangile. Nul n’est témoin du Christ qu’à ses dépens. Demandons au Seigneur de nous aider, d’aider son Eglise à cheminer, non pas vers une prétention d’exemplarité menteuse, non pas vers la transparence, qui est encore une posture vouée à l’échec, mais vers une parole humble qui cherche la vérité, vers une écoute qui simplement appelle la vérité, qui permette à chacun de reconnaître ses faiblesses, ses défaillances, ses erreurs, pour que resplendisse la lumière du Christ et que l’on puisse chanter, comme nous le ferons en la nuit de Pâques : « heureuse était la faute qui nous valut pareil rédempteur ! »

frère David