Nuit pascale 21 avril 2019 Lc 24, 1-12

Pierre tout étonné, les femmes désemparées, stupéfaites, sidérées… tel est le sentiment de tous les disciples au matin de Pâques.

Cet état de choc n’est pas nouveau ; bien au contraire, c’est plutôt une secousse supplémentaire sur un système nerveux déjà très ébranlé par le choc de l’arrestation de Jésus, de sa condamnation et de son exécution, tout cela si brusquement, avec en plus l’atrocité de la crucifixion. Tout cela est allé extraordinairement vite, tout cela fut extraordinairement brutal. Un même choc unit la passion et la résurrection : trois jours mais un seul choc répété, comme un marteau-piqueur qui aurait tout détruit.

Cet étonnement, cette stupéfaction, cette sidération, c’est ce que beaucoup ont éprouvé lundi en regardant, incrédules, flamber la toiture de Notre-Dame, en regardant tomber cette flèche, et cette chute n’a pas manqué de rappeler d’autres souvenirs ; en fixant avec anxiété les tours jumelles de la façade de Notre-Dame, menacées par l’incendie, comment ne pas avoir en tête la chute d’autres tours jumelles, il y a presque vingt ans ? En 2001, ce fut un séisme planétaire. Quel séisme en 2019, pour qui ?

Le signe n’a pas cessé d’être commenté depuis lors : qu’est-ce que cela veut dire ? Certains ont dit ou diront : « ce n’est que la France, ce n’est pas saint-Pierre de Rome ! » Bien sûr ! Mais une France justement touchée en son incorrigible prétention : à la fois dans son orgueil historique d’être malgré tout « la fille aînée de l’Eglise », et dans son orgueil culturel, première destination touristique mondiale, les deux conjoints dans ce symbole unique : Notre-Dame de Paris.

 

Notre-Dame sera reconstruite.

Le World Trade Center a aussi été reconstruit, en douze ans seulement. Mais cette reconstruction n’a pas signé la fin du terrorisme.

Je ne suis pas prophète, il ne m’appartient pas de dire ce qu’il en sera de la France, et de l’Eglise en France.

Il me revient, avec vous, frères et sœurs, de ne pas mésestimer le choc. Parce que nous voyons bien que l’évangile est d’abord un choc. La puissance de l’évangile, c’est celle d’une onde de choc née de Jésus, dans un coin minuscule de la terre, une onde de choc devenu un séisme planétaire.

Pourquoi, comment, aujourd’hui en France, le choc de l’évangile s’est-il à ce point amorti ? Quels édredons avons-nous ficelé sur nos oreilles pour ne plus entendre l’appel de l’évangile ? Nous avons fait comme les apôtres au matin de Pâques : nous avons jugé les propos des femmes « délirants ». Mais Pierre, lui, est quand même allé voir de plus près, et il a été stupéfait à son tour.

La résurrection du Christ n’advient qu’à celui qui consent à se laisser bouger, mouvoir, mettre en route, émouvoir. Par quoi ?

Par un signe faible, très faible : la parole de quelques femmes.

Le grand choc terrible de la croix est suivi d’un autre, mystérieux et pourtant positif, incroyable, plein d’une espérance inimaginable… mais faible, celui-là, porté par des témoins sans grande crédibilité.

La parole est faible. Or c’est comme « Parole » que Dieu est venu dans le monde, parole faite chair, doublement faible : Dieu s’incarne dans la faiblesse d’une parole et dans la faiblesse de la chair.

Tant que nous ne prenons pas en compte la faiblesse, la résurrection nous apparaîtra toujours comme un délire, et nous resterons devant nos écrans à écouter des grandes gueules, à ne regarder que des grandes choses, des séismes et des chocs épouvantables.

Que l’Eglise écoute la faiblesse, regarde la faiblesse et la pauvreté, prenne en compte sa propre faiblesse, et elle en sera ressuscitée, reconstruite, réparée, restaurée. Ainsi procède toujours l’Évangile, depuis le premier jour : « c’est quand je suis faible que je suis fort. »

frère David