Nativité du Seigneur : Messe de la Nuit Lc 2, 1-14

Aujourd'hui vous est né un Sauveur ! Sauveur de quoi ai-je entendu dire un jour d'une adolescente à sa grand-mère. Sa question était bonne et pertinente. Et en cette nuit, quelques éléments de réponse pourraient bien se trouver dans les lectures de notre célébration. Lectures qui vont finalement nous révéler quelque chose du bienveillant dessein de Dieu pour nous, pour tous. Oui, pour notre monde, pour toute notre humanité dont si souvent nous pourrions douter en raison notamment d'une actualité toujours inquiétante, toujours dramatique.

Mais justement, Isaïe nous l'exprime avec netteté et clarté : le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière car le joug qui pesait sur lui a été brisé. Le Salut a donc a voir avec une illumination, avec une libération ? Oui, libération pour tous, pour nous, par le goutte à goutte de la conversion par rapport à ce qui nous entrave trop souvent ; goutte à goutte de la divinisation progressive comme le diraient nos frères des Églises d'Orient qui insistent sur cet admirable échange entre notre Dieu vivant qui nous rejoint au plus intime, dans notre chair et nous, qu'Il appelle à sa Vie divine, éternelle. Oui, libération de ce qui empêche le cœur de se dilater. Libération qui sera par la suite plus manifeste lorsque ce nouveau-né se manifestera comme premier-né d'entre les morts par sa victoire sur la Croix. Oui, libération finale et eschatologique par rapport à la mort mais aussi et bien sûr, libération quotidienne ainsi que le suggère saint Paul à Tite : libération du péché, des passions mortifères et autres forces de dilution qui empêcheraient cette vitale unification de notre vie, cette monotropie de vie pour employer un terme plus technique mais que j'affectionne, bref, cette épectase-tension vers le Royaume. Ce Royaume qui ne cesse de venir à nous dans l’extrême petitesse, dans l’extrême humilité, dans cette fragilité qui est finalement une heureuse et nécessaire condition de l'expérience de notre Dieu vivant qui nous veut vivants. Vivants et incarnés, conscients que pétris de la même pâte humaine que notre Sauveur a voulu partager avec nous, nous puissions alors mieux considérer l'autre avec un regard de miséricorde, de bienveillance, mieux, avec un regard d'amour, si l'on peut.

Et considéré ainsi l'autre comme pétri de la même pâte humaine que moi, ce serait aussi se considérer ensemble comme frères ou sœurs de ce Dieu fou qui ne sait pas quoi inventer pour nous rejoindre là où nous sommes, là où nous en sommes et faire nous nous de véritables fils et filles d'un même Père dont ils reçoivent la vie et qui les appelle à entrer dans la dynamique de sa vie trinitaire.

Beau programme, belle perspective s'ouvrant à tous sans exception si tant est que là où nous sommes , là où nous en sommes, nous laissions naître cette vie en nous, entre nous, et que nous la laissions croître. Un mystique allemand du 17e siècle (Angélus Silésius) le disait avec ces mots si pertinents : « Le Christ peut mille fois naître à Bethléem, s'il ne naît pas en toi, tu es perdu ».

Oui, en cette nuit, comme pour les bergers, ne craignions pas, Il ne vient pas à nous comme un chef d'armée ou un juge impitoyable écrivait saint Bernard, mais comme un nouveau-né faible, fragile, dépendant, pour que nous n'ayons pas peur de l'accueillir et lui ouvrir la porte, la crèche de notre cœur. Oui, en cette nuit où Il frappe à la porte de chacun de nous, de nos cœurs, laissons le entrer et faire naître ce qui doit y naître, laissons Le, chacun son espèce, et comme le rappelle notre pape François, chacun selon son histoire, nous faire naître à la Vie, à sa Vie... Que Marie nous y aide ainsi que l'icône du Père, Joseph.

fr. Philippe-Joseph