Le Saint Sacrement (C) Lc 9, 11b-17

Nous faisons mémoire aujourd’hui de ce que déjà annonçait et faisait le Seigneur un jour en Galilée en nourrissant cette foule pour nous souvenir d’un avenir promis par le Seigneur. Nous faisons mémoire de notre futur comme un jour le Seigneur annonça ce que nous célébrons aujourd’hui lorsqu’il prit les cinq pains et les deux poissons, prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples, comme le fit un jour le Seigneur lors de la cène pour annoncer sa Pâques et comme il nous a dit de le faire en mémoire de lui.

Comme le fit le grand prêtre Melchisédech apportant du pain et du vin à Abram, le Seigneur offre son propre corps et son propre sang pour nous nourrir de sa promesse et de son Alliance. C’est après la bénédiction de Melchisédech sur Abram que ce dernier deviendra Abraham et goûtera les fruits de la promesse par sa descendance et son alliance marquée dans sa chair. De même, c’est après l’Eucharistie célébrée ici-bas, qu’au dernier jour, nous goûterons Dieu non plus dans la foi et par les signes mais dans la pleine vision, la pleine présence puisqu’il sera tout en tous et que nous serons alors divinisés en lui parce que ressuscités au point d’avoir une intimité personnelle avec lui inviolable, éternelle, sans cesse renouvelée, sans mesure au sein de sa communion trinitaire.

Fêter le Saint Sacrement, c’est vivre le passage de Dieu vers l’homme et de l’homme vers Dieu dans la dynamique d’un unique et même don vivant et vrai qui nous configure à Jésus-Christ mort et ressuscité, chacun dans son style et sa particularité. Ce don s’origine très loin dans les générations comme le rappelle la première lecture avec Melchisédech et Abram. Plus près de nous, la lettre aux Corinthiens rappelle ce don reçu du Seigneur un jour au cours d’un repas et transmis par ceux qui l’ont reçu comme saint Paul, les apôtres et nous-mêmes de génération en génération.

Mais plus près encore et pour nous aujourd’hui, le Saint Sacrement  c’est cette réalité spirituelle du don de Dieu par Dieu lui-même, réalité spirituelle plus puissante que toute réalité matérielle de ce monde au cœur duquel elle demeure pour nous et qu’elle maintient avec nous.

Insaisissable, le Seigneur se déprend de lui-même pour nous et s’offre à notre prise. Il se donne, pain dans nos mains : c’est son Corps. Il se livre, vin sur nos lèvres : c’est son Sang. Ineffable, il rend grâce et laisse retentir sa bénédiction  par lui-même sur nous. Indivisible et unique, il se laisse rompre et partager en lui-même pour faire corps avec nous et en nous. Souverainement libre de toute emprise, il se donne en lui-même pour nous libérer de la mort et du mal.

Ainsi, le Seigneur nous invite-t-il à lâcher de nous-mêmes pour passer de la prise à l’offrande qui d’un sourire, d’un service, d’un peu de temps, d’une écoute ; à quitter nos aigreurs pour passer de l’ingratitude à l’action de grâce, qui d’un merci, d’un geste de gratitude, d’un présent. Le Seigneur nous invite-t-il encore à quitter nos rivages trop égoïstes pour passer du repli et de l’enfermement au partage et à la rencontre qui autour d’un verre de l’amitié, qui d’un voisin, d’un étranger, d’un frère.

Frères et sœurs, autant de passages à vivre sous des signes ordinaires et profanes où n’en demeure pas moins présent mais caché et secret notre Seigneur, qui dans son Saint Sacrement se révèle non comme une chose extérieure, un objet mais comme l’Eucharistie vivante et personnifiée présente au milieu des hommes à travers ses disciples et son Église, à travers ses sacrements et son peuple qui les célèbre, présente au dedans de nous.

Frères et sœurs, connaissant notre faiblesse et nos failles dues au péché, le Seigneur nous a laissés des signes pour nous soutenir de lui comme nourriture dans notre marche vers lui. Il nous a légué des signes visibles pour raviver notre mémoire de sa présence vivante et insondable. Objet de notre adoration et de notre espérance, le Saint Sacrement est le signe de la résurrection offerte à tous. C’est le signe du Corps et du Sang du Seigneur offerts à notre communion au plus intime de notre corps charnel et spirituel au-delà de nos mots pour le dire, au-delà de la célébration eucharistique elle-même, au-delà de nous-même et de l’univers visible et invisible. Puisse l’adoration du Saint Sacrement nous donner la force d’aimer Jésus-Christ en vérité et le servir dans nos frères les hommes avec charité. Amen

Fr. Nathanaël