La Sainte Famille (A) Mt 2, 13-15.19-23

C’était il y a quelques jours : au journal télévisé un syrien, fuyant la ville d’Idleb en direction de la Turquie, disait à un journaliste : « J’ai pris ma femme et notre enfant et nous fuyons pour échapper au bombardement et à la mort »… Des milliers de famille, en Syrie, peuvent en dire autant en ces jours de Noël. Ce père de famille n’a pas entendu d’ange lui parler ; son amour et sa conscience d’époux et de père l’ont déterminé. La sainte famille que l’Église fête en ce jour, devant la folie et la violence meurtrière du roi Hérode, prend la route de l’exil pour fuir la mort : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr ». L’Évangile ne nous rapporte pas une seule parole de Joseph, mais son écoute de Dieu qui lui parle dans son sommeil et dans le secret de sa conscience et de son cœur. Il faut fuir pour sauver Marie et Jésus. Saint Matthieu qui rapporte cet événement, l’interprète en lui donnant sa place dans l’histoire du salut, telle que l’annonce la Parole de Dieu dans les Écritures.

Le rapprochement entre cette famille syrienne et celle que nous appelons la Sainte Famille, toutes deux sur le chemin de l’exil nous apporte t-elle quelque lumière pour la vie de nos familles, de nos communautés aujourd’hui ?

Je ne sais si cette famille syrienne était chrétienne. Joseph et Marie, quant à eux, ont conscience d’obéir à la parole de Dieu. Le rapprochement entre ces deux familles me dit d’abord qu’aujourd’hui encore, dans la violence qui détruit la vie, l’histoire du salut se poursuit. Que l’on soit croyant ou non, Dieu s’intéresse à notre histoire, à l’histoire de l’humanité à laquelle il a envoyé son Fils pour la sauver : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a envoyé son Fils pour le sauver… » Mais Dieu n’intervient pas magiquement pour empêcher le mal que peut engendrer la liberté humaine quand elle choisit la violence et la suppression de l’autre pour assurer sa propre sécurité. Ce père de famille syrien, comme Joseph, écoute sa conscience et son cœur pour sauver l’enfant et sa mère…  Tous deux écoutent, à l’intérieur d’eux-mêmes, la voix de l’Amour qui les anime. Chrétien, je sais que cet Amour vient de Dieu.

Cette écoute de ma conscience, de ce qui se dit dans la profondeur de mon cœur m’enseigne  l’importance de la Parole comme source de vie. Au commencement Dieu dit, parle pour créer. Mais chacun, chacune, nous savons que la parole nous a précédés; c'est l'expérience humaine : Nous avons été précédés par un échange de paroles, un dialogue d'amour entre deux êtres, nos parents; nous avons été parlés avant d'exister et pour exister, et cela d'autant plus que nous avons été désirés par ceux qui nous ont mis au monde… Et toute maman sait bien que l’enfant qu’elle porte s’éveille à la vie d’abord par l’ouïe et le toucher, pas par la vue. Pour l’enfant encore dans le sein, la vie c’est le bruit du sang et du cœur de sa mère qu’il entend.

Jésus, avant de parler en public, se taira pour écouter et méditer la Parole de Dieu pendant une trentaine d’années. Et quand il nous rappelle dans l’évangile de Marc les deux commandements de l’Amour de Dieu et du prochain qui n’en font qu’un, il n’a garde d’oublier ce premier verbe : « Écoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est l’unique… Tu l’aimeras de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force… et tu aimeras ton prochain comme toi-même » ‘’Écoute !’’ fait partie du commandement, car l’écoute est le chemin de l’amour. Écouter la parole de Dieu c’est devenir fils et filles de Dieu, écouter la parole du frère, c’est devenir frère et sœur universel et ouvrir ainsi un chemin à la paix. Dans la difficulté à bâtir la paix au niveau national et international, n’y a-t-il pas ce déficit de dialogue vrai qu’entraîne un déficit d’écoute vraie de l’autre.

Cette écoute inlassable qui est le chemin de l’amour peut transformer ainsi la vie de nos familles et de nos communautés : Apprendre patiemment à écouter Dieu qui nous parle dans le secret de nos cœurs, nous écouter patiemment les uns les autres avec respect c’est rendre possible le chemin de l’amour et donc celui de la Paix. Merci de m’avoir écouté. Amen.

P. André-Jean