L'Épiphanie du Seigneur (C) Mt 2, 1-12

Il faut être naïf pour suivre une étoile. Est-ce que vous iriez vous risquer, vous, sur des chemins peu sûrs, venant du fin fond de l’Orient, pour aller vous prosterner devant un roi à qui vous ne devez rien ? Juste parce que vous avez vu une étoile ? Naïfs je vous dis ! À proprement parler « tête-en-l’air » ces mages qui ont le nez dans les étoiles. Ils ont abandonné femme et enfants, pays, pour quelques semaines ou quelques mois et sans chercher aucun avantage, puisque loin d’en retirer quelques profits, ce sont eux qui ont décidé de faire des cadeaux !

Preuve supplémentaire de la naïveté, ils tombent dans le panneau que leur dresse le roi Hérode. Bien sûr, ils vont s’enquérir de l’enfant puis ils reviendront pour dire au roi où il se trouve exactement : il peut compter sur eux ! Il a l’air si brave ce roi Hérode ! Tellement naïfs qu’ils en deviennent presque dangereux…

À Jérusalem, on est plus posé, on réfléchit davantage, c’est plus sérieux. Le roi Hérode, d’abord, qui s’inquiète pour son trône. L’histoire nous apprend qu’il n’a pas hésité à faire tuer trois de ses fils qui convoitaient sa place. Bref, ça le fait pas du tout rire cette affaire de nativité qui va bouleverser la géopolitique.  Il va prendre des moyens sérieux pour éviter des bouleversements. Il s’y connaît en politique !

À Jérusalem, il y a aussi les scribes, les plus savants parmi les savants : voilà du très solide. Spécialistes de l’Écriture et qui, en plus, ne se trompent pas dans l’interprétation. Chaussés de leurs binocles et penchés sur leurs manuscrits, ils sont incollables sur les prophéties. C’est quand même plus important que d’avoir le nez en l’air, à compter les étoiles… Ils s’y connaissent en textes sacrés !

Que nous enseigne ce contraste entre les mages, un brin naïfs et ce monarque avisé ou ces scribes savants ? D’un certain point de vue, l’objet de leur foi, de leur crainte ou de leur science est le même : il s’agit de l’enfant. Ce qui les distingue, c’est la manière de croire, ou de ne pas croire, la façon de craindre ou de ne pas craindre. Cette manière de foi qui est aussi un art de vivre. Car, c’est évident, notre façon d’être dit la qualité de notre foi.

Et pour nous, quelle est la leçon ? Que nous apprend cet Évangile ? Qu’il y a deux attitudes fondamentales face à la nouveauté qui se présente à nous : la confiance ou la défiance. La bienveillance qui est une chance pour que la nouveauté vienne nous ensemencer, ou alors la méfiance qui tient à distance tout risque de bouleversement. Mais si la nouveauté qui se présente à nous s’appelle Jésus Christ, on comprend bien que la question n’est pas subsidiaire… Il en va du sens de notre vie.

Mais l’on se moque de la naïveté, elle nous fait peur, elle est objet de raillerie. Et si l’on est attendri par des tout-petits qui sont un peu candides, qui croient encore au Père Noël, on s’inquiète que des plus grands vivent dans le rêve ou l’illusion, accordent crédit aux belles histoires qui ne leur permettront pas d’affronter les rigueurs de la vie et la cruelle réalité. Nous gardons, nous les adultes, une méfiance fondamentale envers ce qui est « trop beau pour être vrai » et peut-être avons-nous reçus trop de coups, essuyés trop de revers et de trahisons pour accorder facilement notre confiance.

Ce que me suggère cette page d’Évangile qu’est la visite des mages, c’est que nous devons retrouver par grâce ce que nous avons définitivement perdu par nature : la jeunesse, la capacité de nous émerveiller et, n’ayons pas peur des mots, une certaine naïveté. Si nous nous méfions de tout, des projets, des gens, du temps où nous vivons, du bien que l’on veut nous faire, alors nous nous méfierons aussi de la grâce, de la venue de Dieu dans notre vie et nous passerons complètement à côté du Christ que nous disons chercher. « Naïf » : le mot signifie « natif, neuf, nouveau, né de nouveau » c’est un mot qui a d’abord un aspect positif que nous avons oublié. Et si nous nous laissions renouveler par celui qui vient nous donner une nouvelle jeunesse ?

Peut-être que le courage d’une certaine naïveté transformera-t-il cette année 2019 en un temps de grâce ? C’est ce que je nous souhaite : un regard neuf les uns sur les autres qui brise les chaînes et ouvre un avenir. Faisons-nous ce cadeau les uns aux autres.

fr. Emmanuel