4° dimanche du TO (C) Lc 4, 21-30

Force et puissance d’une parole libre du Seigneur. Renversement d’Israël qui s’entend dire qu’il n’a pas l’exclusivité de la faveur divine. Ébranlement d’un peuple dont la présomption à une préférence divine et à une élection ne serait pas limitée à lui seul. Ce séisme spirituel est provoqué par un enfant du pays, Jésus, le fils de Joseph, au point que les auditeurs de la synagogue devenus furieux à l’écoute de ses paroles sont prêts à devenir leur meurtrier. La liberté souveraine du Seigneur prend son envol.

Pourquoi cette fureur contre Jésus, ce désir de le mettre à mort ? En rappelant les épisodes d’Élie (1R 17, 7ss) chez la veuve de Sarepta et de Naamân, chef de l’armée du roi d’Aram (2R 5, 1ss), Jésus brise une certaine image de Dieu qui peut prendre le reflet d’une certaine idolâtrie lorsque cette image se cristallise comme une possession inaliénable et exclusive. Il proclame implicitement que le Dieu d’Israël est plus grand, plus large, plus haut et plus puissant dans son amour qui déborde jusqu’aux païens qui l’accueille. Mais aussi que le privilège d’une élection avec l’Alliance, la Loi et les prophètes fut-elle divine et sans repentance n’oblitère en rien et jamais la conversion du cœur.

Bien plus et plus provoquant encore, Jésus indique que le Dieu d’Israël se réserve le droit de se complaire dans l’hospitalité d’une païenne, la veuve de Sarepta qui accueille et nourrit Élie fuyant le roi d’Israël Achab devenu idolâtre en servant Baal, que Dieu se complait dans la droiture d’un païen, Naamân le Syrien, guéri de sa lèpre par le prophète Élisée. Implicitement, Jésus annonce que l’œuvre du Dieu d’Israël s’accomplit aussi à travers les païens et qu’il est prodigue et agissant au-delà de son Alliance, par-delà sa Loi et ses prophètes.

Les membres de la synagogue de Nazareth s’entendent dire qu’il se pourrait que des païens aient le cœur plus circoncis, plus israélite que le leur et que Dieu y soit présent. Jésus leur dit que le manque de foi et l’incrédulité peuvent éloigner du Dieu d’Israël au risque de pécher contre lui et d’en devenir comme des païens. Car, ils réagissent non en israélites mais en païens dans leur colère et dans leur condamnation de Jésus. Ils veulent exécuter Jésus par précipitation, c’est là tout ce qu’il y a de plus païen comme exécution. Or, en Israël toute condamnation à mort l’est généralement par lapidation.  L’Alliance de Dieu avec leur père Abraham (Gn 15) leur annonce une postérité aussi nombreuse que les étoiles. Or, cela est impossible au seul peuple élu. Enfin, le prophète Isaïe dont Jésus vient de lire un passage annonce aussi (Is 25) que tous les peuples sont appelés au festin avec Dieu, que le voile tendu sur les nations disparaîtra tout comme la mort, que Dieu convoquera les survivants des nations (Is 45).

Ainsi, Jésus par sa parole opère un renversement phénoménal. Il révèle au peuple élu que Dieu reste libre de son élection, qu’il reste maître de son Alliance, que c’est lui le pourvoyeur de la Loi et des prophètes. Ses auditeurs comprennent que leur élection comme peuple de Dieu, l’Alliance avec lui, la Loi et les prophètes sont un don de Dieu à accueillir et à recevoir. Et que nul ne peut se l’approprier sans risquer de le corrompre et de le perdre.

Plus prodigieux encore, Jésus à partir de là va déployer son action salvatrice, sa rédemption universelle jusqu’à sa mort sur la croix.  Car la croix est un châtiment païen inventé par les romains et c’est par ce châtiment que Jésus mourra. Or, Jésus qui sera condamné pour blasphème aurait dû mourir par lapidation selon le Lévitique (Lv 24). Ainsi, par sa mort païenne, prélude à sa résurrection, Jésus rejoint quelque part la veuve de Sarepta et Élie qui ressuscitera son enfant. Il rejoint Naamân le Syrien et Élisée qui le guérit. Par sa croix, Jésus se laisse assimiler aux nations païennes et ouvre alors pas sa résurrection le salut à tout le genre humain. Par sa croix, Jésus rejoint chacun de nous.

Frères et sœurs, aujourd’hui, le Fils de Dieu, par sa souveraine liberté, accomplit en lui et par lui sa nouvelle Alliance. Il accomplit la Loi, lui la Loi vivante. Il accomplit toute prophétie, lui le Prophète qui fait les prophètes. Aujourd’hui, s’accomplit la parole vivante de Dieu en nous et pour nous en se faisant nourriture pour notre salut. Amen.

Fr. Nathanaël